Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300846

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300846
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 8

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme C, qui contestait le refus du département de la Savoie de lui accorder une remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 995 euros pour la période de novembre à décembre 2021. La requérante invoquait sa précarité financière et son incompréhension de l’origine du trop-perçu, mais le tribunal a estimé qu’elle ne démontrait pas une situation de précarité suffisante, notamment au regard de sa pension de réversion de 1 620 euros par mois. La décision s’appuie sur les articles L. 262-46 et R. 262-6 du code de l’action sociale et des familles, qui encadrent la récupération des indus et les conditions de remise gracieuse. Le juge a conclu qu’aucune remise n’était justifiée, tout en précisant que Mme C pouvait demander un échelonnement de sa dette.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, Mme C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 14 novembre 2022 par laquelle le département de Savoie a rejeté sa demande du 25 avril 2022 tendant à la remise de sa dette concernant un indu de revenu de solidarité active socle d'un montant initial de 995 euros pour la période de novembre 2021 à décembre 2021 et maintenu la décision de récupération du solde restant à sa charge d'un montant de 885 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme en lui accordant la remise gracieuse de sa dette.

Elle soutient que :

- la précarité de sa situation financière ne lui permet pas de rembourser cette somme ;

- elle ne comprend pas l'origine de ce trop-perçu, au regard des informations délivrées par les services de la caisse d'allocations familiales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le département de la Savoie conclut à l'irrecevabilité de la requête et au rejet de la requête.

Il expose que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur la requête en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Mme D a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que par une décision du 14 novembre 2022, le président du conseil départemental de la Savoie a rejeté la demande de Mme B tendant à la remise gracieuse de sa dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active socle d'un montant de 995 euros. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de lui accorder la remise gracieuse de sa dette.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié du revenu de solidarité active à partir de mai 2021. Un contrôle de ressources effectué par la caisse d'allocations familiales de la Savoie a permis de constater que l'intéressée avait omis de mentionner lors de sa déclaration trimestrielle, les pensions de réversion de son époux d'un montant total de 685,03 euros mensuels. La régularisation de ses droits au revenu de solidarité active en tenant compte de ces ressources a conduit la caisse d'allocations familiales à lui réclamer, par courrier du 13 janvier 2022, le remboursement d'un indu d'un montant de 995 euros. Sa demande de remise gracieuse de sa dette a été rejetée par le président du conseil départemental de la Savoie par décision du 14 novembre 2022. La requérante se prévaut de la précarité de sa situation financière et de son isolement, étant âgée de 78 ans, en situation de handicap à 80 % et son époux étant décédé. Toutefois, si elle invoque un cumul de charges de loyer et de fluides, de renouvellement d'appareils ménagers et de frais d'obsèques, elle ne démontre pas que le montant mensuel de 1 620 euros de la pension de réversion qu'elle déclare percevoir ne lui permettrait pas de rembourser sa dette. Dans ces conditions, elle ne démontre pas la précarité financière dont elle se prévaut. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse qu'elle demande.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme B doit être rejetée.

6. Ce rejet de la requête ne fait toutefois pas obstacle à ce que la requérante, si elle s'y croit fondée, saisisse le département de la Savoie d'une demande d'échelonnement du remboursement de sa dette.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au département de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

La magistrate désignée,

E. DLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300846