lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2300852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BLANCHARD-ROCHELET-VERGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 février 2023 et un mémoire du 5 janvier 2024, M. D, représenté par Me Gintz, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2023 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat a réévalué à 1 500 euros la subvention attribuée au titre de la prime de transition énergétique et a implicitement refusé de lui accorder une subvention de 9 906,40 euros ;
2°) de condamner l'Agence nationale de l'habitat à verser la somme de 9 906,40 euros au titre de la prime de prime de transition énergétique ;
3°) de condamner l'Agence nationale de l'habitat à payer la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts ;
4°) de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- il peut se prévaloir du 3° de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 dans sa version en vigueur au 1er décembre 2021 ; il a signé les devis correspondant à son projet de rénovation énergétique en tant que propriétaire bailleur le 4 janvier 2021 et a déposé sa demande d'aide financière le 1er décembre 2021 ;
- l'Agence nationale de l'habitat ne pouvait abroger la décision du 13 décembre 2021 au regard de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ; l'Agence nationale de l'habitat ne démontre absolument pas en quoi il n'aurait pas respecté les conditions d'octroi de la subvention litigieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision du 22 février 2023 sont irrecevables : cette décision a été retirée par la décision du 5 juillet 2023 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 janvier 2024.
Vu la lettre, adressée sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informant les parties que le Tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, faute d'avoir été précédées d'une demande en ce sens adressée à l'Agence nationale de l'habitat.
Vu la réponse de M. D, enregistrée le 26 janvier 2024.
Vu la réponse de l'Agence nationale de l'habitat, enregistrée le 8 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- l'arrêté du 29 décembre 2022 modifiant l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié et l'arrêté du 7 avril 2022 relatifs à la prime de transition énergétique, et l'arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a demandé le 1er décembre 2021 à bénéficier de la prime de transition énergétique pour des travaux à réaliser sur le logement situé Pont-en-Royans et dont il est propriétaire. Par une décision du 13 décembre 2021, l'Agence nationale de l'habitat lui a attribué, sous condition, une subvention de 9 906,40 euros pour les travaux déclarés. Par une décision du 8 septembre 2022, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a retiré cette décision et a refusé de lui attribuer le montant de la subvention initialement accordée. Le 27 octobre 2022, M. D a déposé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision et dont l'Agence a accusé réception le 22 décembre 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'Agence sur ce recours, dont M. D demande l'annulation.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 19 octobre 2023, la directrice de l'Agence nationale de l'habitat a partiellement agréé le recours administratif préalable obligatoire de M. D et a décidé d'octroyer une prime d'un montant de 1 500 euros. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'excès de pouvoir de la requête à hauteur de ce montant.
Sur le surplus des conclusions d'excès de pouvoir :
3. M. D doit être regardé comme demandant, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 en tant qu'elle lui a refusé une subvention d'un montant de 9 906,40 euros. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'Agence nationale de l'habitat doit être écartée.
4. Pour refuser à M. D le bénéfice de la prime de transition énergétique pour les travaux à réaliser sur son logement, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat s'est fondée sur le motif que les travaux avaient été entrepris avant la date du dépôt de la demande de prime. M. D revendique l'application des dispositions du 3° de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 dans sa version en vigueur au 1er décembre 2021.
5. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 dans sa rédaction issue de l'article 2 du décret n°2021-911 du 8 juillet 2021 : " II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. / Par dérogation au premier alinéa du présent II : () 3° entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2021, le bénéficiaire mentionné au II de l'article 1 du présent décret peut déposer une demande après avoir commencé ses travaux ou prestations du 1er octobre 2020 au 30 juin 2021 sur la base d'un devis signé entre ces mêmes dates ; "
6. Il résulte de ces dispositions que, par exception à l'interdiction de subvention des travaux commencés avant le dépôt d'une demande de prime de transition énergétique, une telle prime peut être octroyée entre le 1er juillet et le 31 décembre 2021 pour des travaux commencés sur la base d'un devis signé entre le 1er octobre 2020 au 30 juin 2021.
7. Il ressort des pièces du dossier que les deux devis n°180137 et n°180139 pour les travaux entrepris par M. D sur le logement à Pont-en-Royans ont été signés le 4 janvier 2021. L'Agence nationale de l'habitat ne conteste d'ailleurs pas que la facture n° 180250 du 19 avril 2021 relative au remplacement des fenêtres et correspondant au devis n° 180139, remplit les conditions d'éligibilité mais le conteste pour la seconde facture du 15 novembre 2021 au motif que la date de cette facture est postérieure à la dérogation temporelle prévue par ces dispositions, qui s'étend seulement du 1er octobre 2020 au 30 juin 2021.
8. Ainsi qu'il a été dit, pour être éligibles au titre de la dérogation du 3° du II de l'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020, les travaux doivent avoir commencés entre le 1er octobre 2020 et le 30 juin 2021 sur la base d'un devis signé entre ces mêmes dates. En revanche, le texte ne précise pas que les travaux doivent avoir été entièrement achevés entre le 1er octobre 2020 et le 30 juin 2021 ni que la facture doit être éditée dans cette période. Ainsi, l'Agence nationale de l'habitat n'a pu, sans commettre d'erreur de droit, opposer le motif tiré de la seule circonstance que la facture a été éditée postérieurement à la période du 1er octobre 2020 et le 30 juin 2021 pour refuser la prime de transition énergétique aux travaux mentionnés sur la facture, alors qu'il est constant que la demande de M. D a été déposée entre le 1er juillet et le 31 décembre 2021, que le devis correspondant a été signé entre le 1er octobre 2020 et le 30 juin 2021 et qu'il ne ressort pas des mentions de la facture que les travaux n'auraient pas commencé entre le 4 janvier 2021, date de signature du devis et le 30 juin 2021. Par suite, c'est à tort que l'Agence nationale de l'habitat a refusé de prendre en compte la facture du 15 novembre 2021 pour le calcul de la prime de transition énergétique.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2021 en tant qu'elle a refusé d'octroyer une subvention d'un montant supérieur à 1500 euros en refusant de prendre en compte la facture du 15 novembre 2021 pour le calcul de la prime de transition énergétique.
Sur les conclusions d'injonction :
10. Les conclusions du requérant tendant à ce que le Tribunal condamne l'Agence nationale de l'habitat à verser la somme de 9 906,40 euros au titre de la prime de transition énergétique doivent être interprétés comme tendant au prononcé d'une injonction sur le fondement des articles L. 911-1 et suivant du code de justice administrative.
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
12. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que l'Agence nationale de l'habitat verse à M. D la prime de transition énergétique correspondant aux travaux entrepris sur son logement correspondant à la facture du 15 novembre 2021 pour le calcul de la prime de transition énergétique, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente décision. Les pièces du dossier ne permettant pas de déterminer exactement le montant de la prime, M. D est renvoyé devant l'Agence nationale de l'habitat pour la liquidation du montant de cette prime.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. M. D ne fait état d'aucun préjudice à l'appui de sa demande de condamnation de l'Agence nationale de l'habitat à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts. Par suite, les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du procès :
14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat, partie perdante à l'instance, la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :A hauteur de la décision rectificative d'octroi d'une subvention de 1 500 euros au titre de la prime de transition énergétique, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'excès de pouvoir de la requête.
Article 2 :La décision du 19 octobre 2023 est annulée en tant qu'elle a refusé de prendre en compte la facture du 15 novembre 2021 pour le calcul de la prime de transition énergétique accordée à M. D.
Article 3 :Il est enjoint à l'Agence nationale de l'habitat de verser à M. D la prime de transition énergétique correspondant à la facture du 15 novembre 2021 dans un délai de deux mois à compter de la présente décision. M. D est renvoyé devant l'Agence pour la liquidation du montant de cette prime.
Article 4 : L'Agence nationale de l'habitat versera la somme de 1 000 euros à M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. E D et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme A F, première-conseillère,
- Mme B C, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. F
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026