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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2302345

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2302345

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2302345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJOIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, M. F C, représenté par Me Joie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rétroactivement à compter de la date de cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'a pas tenu compte de ses observations présentées par lettre du 10 février 2023;

- la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la déclaration de fuite ;

- elle est fondée sur un motif erroné alors qu'il démontre qu'il n'était pas en fuite ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit en s'estimant lié par la décision du préfet ;

- la décision contestée porte une atteinte à sa dignité contraire aux dispositions du CESEDA et de la directive accueil 2013/33 de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif qu'elle est infondée.

Par ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan âgé de 33 ans, a déposé une demande d'asile le 7 septembre 2022 qui a été placée en procédure " Dublin ". Le même jour, M. C a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par un courrier du 3 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. C de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la décision attaquée du 14 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que M. C s'était abstenu de se présenter au pôle régional Dublin et qui l'avait par la suite déclaré en fuite.

2. En premier lieu, la décision mentionne, au visa des articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. C a été déclaré en fuite par le pôle régional Dublin pour s'être abstenu de se présenter à cette autorité et, contrairement à ce qui est allégué par le requérant, avoir examiné ses observations reçues par courrier. Par suite, la décision, qui contient les motifs de fait et de droit qui la fondent, est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme doit par conséquent être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil n'a pas été prise en application de la décision du préfet constatant qu'il était en fuite, qui n'en constitue pas non plus la base légale. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'illégalité de la décision de déclaration de fuite à l'appui de la contestation de la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret."

5. D'une part, il ressort de la décision contestée qu'elle a été prise au motif que le requérant s'était abstenu de se présenter aux autorités et après examen de ses besoins, de sa situation personnelle et de ses observations reçues le 10 février 2023. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait cru en situation de compétence liée au regard de la déclaration de fuite pour mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, après avoir honoré ses rendez-vous du 6 octobre et du 9 novembre 2022 au pôle régional Dublin, ne s'est pas présenté à ceux du 8 décembre 2022 et du 10 janvier 2023. Ses déclarations sur la circonstance qu'il s'est trompé de train le 10 janvier 2023 sont confortées par la production du billet de train Annecy-Lyon acheté à cette date et par les démarches qu'il a réalisées en se rendant au service d'accueil des demandeurs d'asile d'Annecy pour produire ce justificatif et solliciter un nouveau rendez-vous, avant même que la préfecture lui fasse part de son intention de mettre fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, le requérant ne donne pas d'explication sur son absence au rendez-vous précédent du mois de décembre.

7. Enfin, M. C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, dès lors que les dispositions de cette directive ont été transposées en droit interne. Il ne produit en tout état de cause aucun élément précis et circonstancié permettant d'étayer la situation de précarité dans laquelle il allègue se trouver et il ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C n'est dès lors pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2023. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Joie et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B D, première-conseillère,

- Mme Emilie Aubert , première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2024.

La rapporteure,

E. A

Le Président,

M. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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