LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303281

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303281

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303281
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 mai 2023 sous le n° 2303281, M. C B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée.

* En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'un vice de procédure ;

-elle est entachée d'erreur de droit ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

* En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 23 mai 2023 sous le n°2303282, M. C B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel la préfète de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché de vices de procédure tirés de ce que le formulaire sur ses droits et obligations ne lui a pas été communiqué et de ce qu'il n'a pas été préalablement entendu ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, magistrat désigné,

- les observations de Me Albertin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais, a déclaré être entré en France en octobre 2012. Sa demande d'asile, déposée en 2019, a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 25 septembre 2020. Le 17 mars 2022, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de son état de santé. Par arrêtés du 15 novembre 2022, la préfète de la Drôme a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour d'une durée de trois ans, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. La légalité de ces décisions a été confirmée par deux jugements de ce tribunal en date des 29 novembre 2022 et 8 février 2023. Par un arrêté, non contesté du 30 janvier 2023, la préfète de la Drôme a assigné à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 1er mars 2023, la préfète de la Drôme a prolongé son assignation pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 13 mars 2023, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté. Le 17 avril 2023, M. B a demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA le 26 avril 2023. Par un arrêté du 10 mai 2023, la préfète de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et, par un arrêté du même jour, elle l'a assigné à résidence. M. B demande au tribunal l'annulation des deux arrêtés du 10 mai 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2303281 et 2303282 présentées par M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 27 de la même loi : " L'avocat qui prête son concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle perçoit une rétribution ". En l'état de l'instruction, M. B remplit les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle. Par ailleurs, le règlement du présent litige revêt un caractère urgent au sens des dispositions précitées. Toutefois, la décision assignant un étranger à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant pour finalité de permettre l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, les deux demandes d'aide juridictionnelle présentées par M. B dans les instances n° 2303281 et 2303282 doivent être regardées comme se rapportant à une seule affaire au sens de la loi du 10 juillet 1991. En conséquence, il n'est accordé au requérant, à titre provisoire, que le bénéfice d'une seule aide juridictionnelle pour ces deux instances.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 10 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes en cause manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, sont suffisamment motivées. Il ressort des termes de l'arrêté que la préfète de la Drôme a examiné la situation personnelle du requérant. La préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

8. Lorsqu'un étranger présente une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, il est informé par l'autorité administrative, en application des dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité qui lui est ouverte de solliciter son admission au séjour à un autre titre et des conséquences de l'absence de demande sur un autre fondement, au nombre desquelles figure, en application de l'article L. 611-1 du même code, l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Il suit de là qu'en sollicitant son admission au titre de l'asile, le requérant, qui ne soutient pas que la préfète aurait manqué à son obligation d'information, ne pouvait ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui tendait à son maintien en France, qu'en cas de refus il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il a eu tout loisir, au cours de l'instruction de sa demande d'asile déposée le 17 avril 2023, de faire valoir auprès de la préfète de la Drôme les arguments susceptibles de faire échec à une éventuelle mesure d'éloignement. En outre, il n'est pas allégué que requérant aurait sollicité la délivrance d'une carte de séjour avant l'expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, le requérant ne justifie pas d'éléments qu'il aurait tenté de porter à la connaissance de la préfète et qui auraient pu avoir une incidence sur le sens de la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. B a déposé une demande d'asile le 17 avril 2023, elle a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'OFPRA du 26 avril 2023 qui lui a été notifiée le 29 avril 2023 et à l'encontre de laquelle il a déposé une demande d'aide juridictionnelle aux fins d'exercer un recours devant la cour nationale du droit d'asile. Si le requérant fait valoir qu'il ne connaît pas le motif pour lequel l'OFPRA a considéré que sa demande était irrecevable, de telle sorte qu'il bénéficierait d'un droit au maintien sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que la décision de l'OFPRA lui a été notifiée et qu'il entamé des démarches aux fins d'interjeter appel. Ainsi, le requérant, qui a nécessairement pris connaissance des motifs de la décision de l'OFPRA, n'établit pas qu'il disposerait encore du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

12. M. B valoir qu'il a été dépisté séropositif au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en janvier 2022 et qu'il est traité depuis fin février 2022 par la prise quotidienne d'un médicament du laboratoire Gilead dénommé Biktarvy. Il justifie par un courriel du laboratoire que ce médicament n'est pas commercialisé au Cameroun, d'une part, et, d'autre part, que s'il venait à l'être il ne pourrait y avoir effectivement accès eu égard à son coût par rapport au salaire minimum local. Toutefois, cette démonstration, pour étayée qu'elle soit, demeure insuffisante pour remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII qui a été émis le 8 août 2022 sur sa demande de titre en qualité d'étranger malade. Faute d'avis médical, contraire et argumenté que seul le requérant peut fournir, il ne peut être tenu pour acquis que seul le Biktarvy peut être prescrit à M. B et qu'aucun médicament adapté à son état de santé ne serait disponible au Cameroun. Si M. B fait également état de ce qu'il souffrirait d'une insuffisance rénale, il n'apparaît pas qu'il serait traité pour une éventuelle pathologie. Enfin, par les pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas qu'il ferait l'objet d'un suivi permanent et d'un traitement médicamenteux pour des troubles psychiatriques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. B fait valoir qu'il réside de façon ininterrompue sur le territoire français depuis 2012. Pour l'établir, il justifie qu'il y a été scolarisé puis diplômé en 2013-2014 et qu'il a été suivi à ce titre par le service pénitentiaire d'insertion et de probation entre le 12 janvier 2018 et le 17 février 2022. Il indique avoir été incarcéré entre 2014 et 2017. Enfin il se prévaut de son engagement en faveur de la cause homosexuelle ainsi que d'un suivi psychique et d'une promesse d'embauche de 2019. Toutefois M. B ne dispose pas de liens familiaux en France où il n'a pas cherché à régulariser sa situation avant 2019. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, les décisions attaquées ne peuvent être regardées comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans les mêmes circonstances, elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. Il résulte de la décision en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par le préfet de l'Isère après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, de ces dispositions doit être écarté.

19. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, tels que rappelés au point 1, et à ses antécédents, la durée de trois ans pendant laquelle il lui est fait interdiction de retour sur le territoire français n'apparaît pas disproportionnée ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour de trois ans doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

21. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause manque en fait et doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

23. La formalité définie par cet article étant postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence, l'absence de remise du formulaire demeure sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

24. En troisième lieu, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

25. En l'espèce, le requérant n'invoque aucun fait ni aucune circonstance, autres que ceux déjà portés à la connaissance de l'administration en ce qui concerne sa situation, qu'il aurait pu utilement faire valoir lors d'un entretien préalable à la décision d'assignation à résidence et qui auraient pu influer sur cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

26. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé et dépourvu de caractère stéréotypé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

27. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article L. 732-3 du même : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

28. M. B fait valoir, qu'en méconnaissance des dispositions précitées, il a fait l'objet de quatre mesures d'assignation à résidence successives, le 15 novembre 2022, le 30 janvier 2023, le 1er mars 2023 et le 10 mai 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les trois premières mesures d'assignation à résidence, dont au demeurant celle du 1er mars 2023 a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 13 mars 2023, ont été prises sur le fondement d'un arrêté du 15 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, tandis que l'arrêté litigieux a été pris sur le fondement d'une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire en date du 10 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

29. En dernier lieu, si le requérant fait valoir qu'il a respecté ses obligations de pointage des précédentes mesures d'assignation à résidence dont il a fait l'objet, il n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne démontrant en outre l'existence d'aucun obstacle à son départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mai 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de L'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à M. B, à titre provisoire, le bénéfice d'une seule aide juridictionnelle au titre des instances n° 2303281 et 2303282.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

M. HEINTZLe greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 230328

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA67Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

01/06/2026

← Retour aux décisions