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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2303630

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2303630

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2303630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 février 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et désigné le pays de renvoi ;

2°) enjoindre au préfet de l'Isère à titre principal de délivrer à Monsieur B un titre de séjour " vie privée et familiale ", et ce dans un délai de 30 jours à compter du jugement, ou à titre subsidiaire de réexaminer la situation du requérant dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

-la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est viciée, faute d'avoir été précédée de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- l'avis du collège des médecins méconnaît l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016.

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il remplissait l'ensemble des critères prévus par le législateur ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portal,

- et les observations de Me Mathis, représentant M. B.

1. M. B, né le 19 avril 1991, ressortissant du Nigeria, est entré en France le 16 novembre 2018 selon ses déclarations et a sollicité l'admission au séjour dans le cadre de sa demande d'asile le 4 décembre 2018. Il a fait l'objet d'un arrêté portant remise aux autorités italiennes le 28 décembre 2018 mais compte tenu de la mise en échec de cette mesure d'éloignement, la France est devenue responsable de sa demande d'asile depuis le 30 avril 2019. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le 29 mars 2022 la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rejetant sa demande d'asile. Il a parallèlement présenté une demande de titre de séjour le 31 mai 2022 au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 février 2023, le préfet de l'Isère a rejeté cette demande. Dans la présente instance, M. B en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

Sur le refus de titre de séjour :

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de fait et de droit relatives à la situation des requérants. Il satisfait donc l'exigence de motivation définie par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, cette motivation atteste que le préfet s'est livré à un examen personnalisé de leur situation.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour en qualité d'étranger malade :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. L'arrêté attaqué a été pris au vu d'un avis du collège de médecins de l'OFII du 29 septembre 2022 produit en défense et dont l'existence est dès lors établie. Le préfet de l'Isère produit également le bordereau de transmission du directeur de l'OFII dont il ressort que cet avis a été rendu après qu'un rapport médical a été établi le 23 septembre 2021 par le médecin de l'OFII. Il ressort également des pièces du dossier que la composition du collège de médecins ayant prononcé cet avis était conforme aux exigences de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, ainsi que l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine.

6. Il ressort des certificats médicaux produits par M. B qu'il est séropositif au VIH, que cette affection de longue durée nécessite un suivi clinique et biologique trimestriel avec prescription de trithérapie antirétrovirale et que l'arrêt du traitement entrainera un risque létal certain. En outre, M. B prend régulièrement, selon ses besoins et symptômes, un traitement pour un syndrôme dépressif. Par un avis rendu le 29 septembre 2022, le collège des médecins de l'OFII a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. M. B conteste la disponibilité de son traitement au Nigeria, caractérisé par une prise quotidienne d'un médicament appelé Genvoya depuis 2019 en produisant les ordonnances médicales du 25 avril 2019, 11 février 2020, 26 juillet 2022 et du 23 mars 2023, puis d'un médicament appelé Sertraline de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine qu'il prend depuis l'ordonnance du 6 mars 2023 et démontre que ces deux médicaments ne sont pas disponibles selon la liste des médicaments essentiels au Nigeria de 2020. Toutefois, cette circonstance ne suffit pas à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dès lors qu'il n'est ni allégué ni établi que ces médicaments ne seraient pas substituables et qu'il ressort des pièces du dossier que ces pathologies font l'objet d'un traitement thérapeutique dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la situation personnelle de M. B :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. B soutient qu'il vit en France depuis novembre 2018, il est célibataire, sans enfant et ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir su nouer des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère. Dans ces conditions et eu égard à la durée de séjour du requérant en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour.

10. En second lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision autorisant son éloignement forcé vers le Nigeria méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 6 septembre juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Portal, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

N. Portal

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303630

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