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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304183

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304183

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 4
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête enregistrée le 30 juin 2023 sous le n°2304183, Mme B C, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision contestée dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

II/ Par une requête enregistrée le 30 juin 2023 sous le n°2304185, M. A D, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision contestée dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent, chacun en ce qui le concerne, que :

• l'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

• la décision fixant le pays de destination :

- est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

• l'interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'est pas nécessaire.

Par des mémoires enregistrés le 13 juillet 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet des requêtes.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces des dossiers,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 21 juillet 2023 à 11 heures 30 au cours de laquelle le magistrat désigné a présenté son rapport et entendu les observations de Me Mathis pour Mme C et M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ( ) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Savoie a pris à l'encontre de Mme C et de M. D, ressortissants arméniens, les arrêtés attaqués du 12 juin 2023.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C et M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. En premier, lieu les arrêtés attaqués mentionnent les circonstances de fait et de droit relatives à la situation des requérants. Ils satisfont donc l'exigence de motivation définie par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, cette motivation atteste que le préfet s'est livré à un examen personnalisé de leur situation.

5. En deuxième lieu, Mme C et M. D sont entrés en France le 4 juillet 2022, accompagnés de leurs trois enfants dont deux mineurs, et de la mère de M. D. L'ensemble des membres majeurs de la famille font l'objet d'obligations de quitter le territoire français. Au vu de leur courte présence et de leur absence d'autres liens familiaux en France, il ne peut être considéré que le centre de leurs intérêts matériels et moraux se trouve sur le sol national. Dans ces conditions, les arrêtés attaqués n'ont pas méconnu le droit au respect de la vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les arrêtés attaqués ne sont pas non plus entachés d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, les requérants, qui disent être originaires du Haut-Karabagh, n'apportent aucun élément pour démontrer que leur vie serait menacée ou qu'ils seraient susceptibles d'être exposés à des traitements inhumains ou dégradants en Arménie. En particulier, comme l'a du reste estimé l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, les dires de M. D selon lesquels il aurait déserté et serait susceptible pour cette raison d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants de la part des autorités arméniennes sont très succincts et peu crédibles. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne méconnaissent pas les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, il ressort des arrêtés attaqués que, pour prononcer à l'encontre de Mme C et M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Savoie a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces décisions ne sont donc entachées d'aucun défaut de motivation.

8. En cinquième lieu, les requérants ne sont présents sur le territoire français que depuis un an. Ils ne font état d'aucun lien sur le territoire français en dehors des membres de leur famille qui sont dans la même situation qu'eux. Ainsi, en dépit du fait que les requérants n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public, c'est à bon droit que le préfet de la Savoie a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

9. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En septième lieu, les requérants n'apportent aucun élément, en dehors de leur propre récit, de nature à établir la réalité des risques qu'ils déclarent encourir en cas de retour au pays d'origine. Ils ne produisent donc aucun élément suffisamment sérieux pour justifier de leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Leur demande subsidiaire de suspension d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français présentée au titre des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être rejetée.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation ou la suspension des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme C et M. D sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Les requêtes de Mme C et M. D sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A D, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

C. Sogno

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304183 ; 2304185

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