mardi 1 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304429 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par des requêtes enregistrées les 11 et 28 juillet 2023, Mme A D, représentée par Me Villard, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023/74/412 du 9 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée de quitter le territoire sans délai avec une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de supprimer son identité du fichier d'information de Schengen et de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 960 euros TTC au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme D soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;
- ayant porté plainte contre son ex compagnon, l'arrêté en litige porte atteinte à son droit à un procès équitable ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat délégué a, au cours de l'audience publique du 31 juillet 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Villard, pour Mme D, qui fait valoir à l'audience un nouveau moyen tiré de la disproportion de la durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire édictée à son encontre, eu égard notamment à la circonstance que, contrairement à ce que soutient le préfet, elle ne présenterait pas une menace pour l'ordre public.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante brésilienne née le 7 avril 1974, déclare être entrée en France en 2014. Le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre une première obligation de quitter le territoire sans délai le 7 juin 2022, devenue définitive. A la suite, elle a déposé une demande d'asile, rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 19 août 2022. Dans la présente instance, Mme D demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 9 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligée à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pour une durée de deux ans. Le jour même, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre un arrêté portant assignation à résidence, non contesté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B, sous-préfet de l'arrondissement de Thonon-les Bains, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a porté plainte le 14 juin 2023 pour des faits de violence que son compagnon d'alors, avec lequel elle vivait depuis deux ans, aurait commis à son encontre. Dans la présente instance, Mme D soutient que la décision en litige porterait atteinte à son droit à avoir un procès équitable puisque compte tenu des événements relatés ci-dessus, " elle ne pourrait pas faire valoir sa qualité de victime et l'indemnisation de ses préjudices ". Toutefois, à la date de la décision attaquée, rien dans les pièces produites ne permet d'établir que Mme D serait partie à un procès à venir. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Savoie aurait porté atteinte à son droit à un procès équitable, fondé à l'audience sur la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ; Mme C n'établit pas sa durée de présence en France. Elle soutient par ailleurs que ses deux enfants majeurs résident en France, ainsi que sa sœur, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle dispose d'une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que sa famille vienne lui rendre visite au Brésil. Par ailleurs, l'intégration professionnelle dont elle se prévaut n'est pas, en soi, protégée par les stipulations précitées alors, au demeurant, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait jamais été autorisée à travailler en France. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, les attestations amicales produites ne suffisent pas à établir que le préfet de la Haute-Savoie aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
7. Pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de la requérante, le préfet de la Haute-Savoie a notamment estimé que Mme D représentait une menace pour l'ordre public " dès lors qu'elle est défavorablement connue des services de sécurité pour des faits de violences conjugales ". Or Mme D conteste à l'audience, tout comme dans son procès-verbal d'audition du 9 juillet 2023 par les services de police, les accusations de violence conjugale portées par son compagnon à son encontre. Selon ses déclarations, elle aurait au contraire été à nouveau victime de violences le 8 juillet 2023, dans le contexte de la plainte déposée le mois précédent et évoquée au point 4. En l'état de l'instruction, l'existence d'une menace à l'ordre public pour des faits de violences conjugales n'est dès lors pas établie et Mme D est fondée à soutenir que la durée de deux ans de l'interdiction de retour est disproportionnée car fondée en premier lieu sur ce motif, erroné en fait.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté susvisé du 9 juillet 2023 doit être annulé, en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En premier lieu, le présent jugement, qui prononce l'annulation de la seule décision d'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret susvisé : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ". Il résulte de ces dispositions que le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté attaqué, implique nécessairement, au sens de l'article L 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de la Haute-Savoie fasse supprimer dans le système d'information Schengen le signalement de Mme D aux fins de non-admission.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative:
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros TTC à verser à Me Villard, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: La décision d'interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté susvisé du 9 juillet 2023 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de faire procéder à la suppression du signalement de Mme D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : L'Etat versera à Me Villard la somme de 900 euros TTC au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Villard et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2023.
Le magistrat désigné,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
P. MULLER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026