mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2304513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 24 juillet 2023, M. A D C, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction de cette demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- il appartient au préfet de démontrer, d'une part, qu'il a été rendu destinataire de la brochure prévue par l'article 4 de du règlement UE n°604/2013 et, d'autre part, qu'il a bénéficié de l'entretien prévu par l'article 5 du même règlement en présence d'un interprète dans une langue qu'il comprenait ;
- subsidiairement, en l'absence d'identification possible de l'agent ayant conduit l'entretien auquel il a été reçu le 3 avril 2023, il n'est pas établi que cette entrevue a été menée par une personne qualifiée en vertu du droit national, exigence qu'impose l'article 5 du même règlement ;
- cet arrêté méconnaît les articles 3 du même règlement ;
- cet arrêté méconnaît l'article 17 du même règlement ;
- cet arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Le préfet du Rhône a présenté un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement UE n°604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a délégué à Mme Permingeat les pouvoirs qui lui sont attribués d'une part, par les articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, par les article R. 777-3-6 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 25 juillet 2023 :
- le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Marcel, représentant M. C.
Au cours de l'audience, M. C a été assisté par voie téléphonique par Mme B, qui a fait office d'interprète en langue espagnole.
La clôture de l'instruction a, par application des articles R. 777-3-6 et R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à l'issue de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. La demande d'asile de M. C, ressortissant équatorien entré irrégulièrement en France en janvier 2023, a été enregistrée le 3 avril 2023. A cette occasion, la consultation du fichier européen VIS a révélé que l'intéressé était titulaire d'un visa arrivant à expiration le 26 janvier 2023, délivré par l'Espagne. En conséquence, les autorités françaises ont, sur le fondement du quatrième alinéa de l'article 12 du règlement n°604/2013, demandé à cet Etat sa reprise en charge, acceptée par décision du 17 mai 2023. Dans la présente instance, M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du préfet du Rhône du 29 juin 2023 portant remise aux autorités espagnoles.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d'accorder provisoirement à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :
3. L'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il satisfait ainsi à l'exigence de motivation qu'impose l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit donc être écarté.
4. En se bornant à soutenir qu'il appartient au préfet du Rhône de démontrer qu'il a bénéficié des garanties prévues par les article 4 et 5 du règlement n°604/2013, le requérant n'invoque aucun moyen utile à ses prétentions. Les développements correspondants doivent donc être écartés.
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride () ". Aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département () ".
6. Si le résumé de l'entretien individuel dont M. C a bénéficié le 3 avril 2023 ne comporte que la mention des initiales de l'agent l'ayant conduit, il indique toutefois que cette audition a été réalisée par un agent de la préfecture de l'Isère. Le requérant, qui a signé ce document, n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette mention. Les agents des services de la préfecture de l'Isère étant, en cette qualité et ainsi qu'il résulte des dispositions citées au point précédent, qualifiés pour conduire un tel entretien, M. C n'est pas fondé, à titre subsidiaire, à remettre en cause la compétence de l'agent qui l'a reçu le 3 avril 2023 pour invoquer la méconnaissance de l'article 5 du règlement 604/2013. Le moyen correspondant doit donc être écarté.
7. Les seules craintes du requérant, formulées, de surcroît, en termes généraux, concernant la capacité des autorités espagnoles à procéder à un examen rigoureux de sa demande d'asile ne sauraient tenir lieu de preuve d'une défaillance systémique de cet Etat dans la procédure d'asile au sens des articles 3 du règlement n°604/13. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté contesté, de cette disposition doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 17 du règlement UE n°604/13 : " Par dérogation à l'article 3, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers () même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixées dans le présent règlement. ".
9. Les dispositions citées au point précédent n'imposent pas aux Etats membres de vérifier si le pouvoir discrétionnaire qu'elles leur confèrent est susceptible de s'appliquer aux demandes qui leur sont soumises. Par suite le requérant ne peut utilement soutenir qu'en ne procédant pas à un tel examen, affirmation au demeurant matériellement inexacte, le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'erreur de droit.
10. Si M. C soutient vivre maritalement, depuis 2019, avec une ressortissante espagnole qui séjourne régulièrement en France, il n'établit pas la réalité de cette relation. Les pièces annexées à sa requête ne prouvent en effet que la régularité du séjour en France de l'intéressée et de ses trois enfants. Quant aux pièces produites au cours de l'audience, l'attestation d'assurance " responsabilité civile vie privée " qui le mentionne comme membre du foyer de cette dernière ne possède aucune valeur probante dans la mesure où cette police prend effet postérieurement à la décision attaquée et a ainsi été complétée pour les besoins de la cause et, s'agissant du bail de son logement déclaré, il ne figure pas au nombre des parties à ce contrat. De même, il n'établit pas sa paternité alléguée envers l'un des trois enfants de sa prétendue compagne, l'extrait d'acte de naissance de cet enfant, examiné au cours de l'audience, ne comportant que le nom de la mère de cet enfant. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Le moyen correspondant doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir, ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
12. Les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A C, à Me Marcel et au préfet du Rhône
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
F. Permingeat Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304513
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026