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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2304559

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304559

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juillet 2023 et le 25 juillet 2023, Mme C B épouse A, désormais représentée par Me Albertin, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°23-260689 du 22 juin 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pour une durée d'un an et désignation du pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, subsidiairement de réexaminer sa situation après remise d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un délai départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée et méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Drôme fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute d'énoncer des conclusions et des moyens, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 1er août 2023, présenté son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 2 juillet 1985, est entrée en France le 10 août 2016 avec son mari et leurs trois enfants nés en 2008, 2010 et 2012. Le 11 mars 2019, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé et lui a fait obligation de quitter le territoire par un arrêté dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble daté du 18 juin 2019, devenu définitif. Par ailleurs, le bénéfice de la protection au titre de l'asile lui a été refusé, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 15 octobre 2021 dans le cadre du réexamen de sa demande initiale déposée à son arrivée en France. A la suite, le préfet de la Drôme l'a à nouveau obligée de quitter le territoire français dans le délai de trente jours par un arrêté du 22 juin 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 30 juillet 2021, devenu définitif. Par un courrier du 13 mars 2023, Mme B a demandé à la préfète de la Drôme son admission exceptionnelle au séjour. Dans la présente instance, Mme B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir le refus qui lui a été opposé par l'arrêté susvisé du 22 juin 2023 portant également obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pour une durée d'un an et désignation du pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction:

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ;

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Argouarc'h, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Les cours de français suivis par la requérante depuis 2018 et la scolarisation en France de ses trois enfants depuis leur entrée sur le territoire en 2016 ne sont pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que la préfète de la Drôme n'a pas méconnu ces dispositions en lui refusant un titre de séjour sur ce fondement.

6. En deuxième lieu, l'ancienneté du séjour en France de Mme B n'est pas de nature à y établir une insertion particulière. En outre, s'il est vrai qu'elle produit un document d'une juridiction albanaise prouvant que son mari albanais en compagnie duquel elle était entrée en France en 2016 a initié une procédure de divorce, cette circonstance ne saurait suffire à établir qu'elle ne dispose plus d'attaches en Albanie, Etat dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce rappelées également aux points 1 et 5, la préfète de la Drôme n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire:

8. En premier lieu, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, directement invoquée contre le refus d'accorder un délai de départ volontaire, doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas exécuté deux précédentes obligations de quitter le territoire français, qu'elle a contestées sans succès devant la juridiction administrative dans les conditions rappelées au point 1. Dès lors, la préfète de la Drôme n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'assortir l'obligation de quitter le territoire en litige d'un délai de de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français:

11. En premier lieu, l'exception d'illégalité du refus de délai de départ volontaire, directement invoquée contre l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Mme B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce que lui soit opposée une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, la préfète de la Drôme, contrairement à ce que soutient la requérante, n'était pas tenue d'inclure dans la motivation de sa décision des considérations tendant à la scolarité de ses enfants. Dès lors la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Drôme aurait méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, dont elle a au demeurant limité les effets à un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les conclusions de Mme B, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B épouse A et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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