Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2304677

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2304677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, qui contestait la décision du préfet de l'Isère du 23 juin 2023 classant sans suite sa demande de naturalisation. Le tribunal a estimé que M. B n'avait pas démontré avoir transmis les pièces complémentaires demandées (titre de séjour et acte de naissance légalisé) et que, même à supposer une transmission, l'acte de naissance produit n'était pas légalisé, en méconnaissance des articles 9 et 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. La solution retenue confirme la légalité du classement sans suite, et les conclusions à fin d'injonction sont également rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 juillet 2023, 29 septembre 2023 et 4 octobre 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a classé sans suite sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande de naturalisation.

Il soutient qu'il avait transmis les documents requis et que son dossier était complet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lefebvre, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 3 septembre 1989, a déposé, le 4 mars 2022, une demande de naturalisation auprès du préfet de l'Isère. Par une décision du 23 juin 2023, le préfet de l'Isère a classé sans suite sa demande au motif qu'il n'avait pas produit son titre de séjour actuel et la légalisation de son acte de naissance. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 37-1 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : / 1° Son acte de naissance ; / 1° bis La copie d'un document officiel d'identité, ainsi qu'une photographie d'identité récente (). ". Aux termes de l'article 9 de ce même décret : " Les pièces nécessaires à la preuve de la recevabilité de la déclaration répondent aux exigences suivantes : / () / 4° Les actes publics étrangers sont légalisés sauf apostille, dispense conventionnelle ou prévue par le droit de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article 40 de ce décret : " L'autorité qui a reçu la demande () peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ".

3. Si M. B affirme avoir transmis, le 30 mai 2023, après réception des courriels du 4 et du 17 mai 2023, une copie recto-verso de son titre de séjour et une copie de son acte de naissance légalisé, il ne le démontre pas alors que le préfet de l'Isère conteste dans ses écritures en défense avoir reçu lesdites pièces avant le classement sans suite, le 23 juin 2023, de la demande de M. B. En tout état de cause, à supposer même que M. B ait transmis ces pièces, il ressort des pièces du dossier que la copie de l'acte de naissance que M. B soutient avoir transmise ne remplit pas les conditions fixées par les dispositions précitées de l'article 9 du décret du 30 décembre 1993, faute d'avoir fait l'objet d'une légalisation préalable, ce que le requérant reconnaît dans ses dernières écritures. La circonstance qu'il a depuis obtenu une copie légalisée de ce document est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le préfet de l'Isère a pu ainsi à bon droit classer sans suite la demande de l'intéressé au motif qu'il n'avait pas produit les pièces sollicitées et nécessaires à l'instruction de sa demande.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 23 juin 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

A. MULLER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.