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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305178

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305178

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2023, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C A du lieu d'hébergement qu'il occupe indûment Huda Adoma La Verpillière, 44 avenue d'Artois BP 34 à Saint-Quentin-Fallavier (38291) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de l'intéressé ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A à défaut pour celui-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A se maintient dans les lieux au-delà du délai de six mois suite à l'obtention de la qualité de réfugié et a enfreint le règlement intérieur de l'HUDA ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.

Par un mémoire enregistré le 31 août 2023, M. C A, représenté par Me Samba-Sambeligue, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de six mois lui soit accordé pour quitter l'Huda ; en tout état de cause, il demande qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat au profit de son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les faits qui lui sont imputés ne sont pas établis ;

- il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire ;

- le principe non bis in idem est méconnu dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'un avertissement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de M. D, représentant le préfet de l'Isère, qui reprend ses conclusions ;

- et les observations de Me Huard, substituant Me Samba-Sambeligue, avocat de M. A qui soutient en outre que M. A, réfugié statutaire, aurait dû se voir proposer un logement avant son expulsion.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée par le préfet de l'Isère, a été enregistrée le 31 août 2023.

Considérant ce qui suit :

1 M. A, de nationalité afghane, a été admis le 7 juillet 2021 dans un hébergement pour demandeur d'asile géré par la société Adoma. Par une décision en date du

29 juillet 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé le statut de réfugié à M. A. M. A a été autorisé à se maintenir provisoirement dans les lieux. Par une décision en date du 3 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. A qu'il arrivait au terme du délai maximal de six mois prévu par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se maintenir dans les lieux. Par un second courrier du 28 février 2023, notifié le 3 mars suivant, l'Office a informé l'intéressé de ce que sa demande de maintien au sein de la structure d'hébergement était refusée en raison de son comportement et des faits de violence dans lesquels il était mis en cause et qu'à compter du 1er mars 2023, il n'était plus autorisé à se maintenir dans la structure. Malgré une mise en demeure de quitter les lieux, en date du 14 avril 2023, le préfet de l'Isère, constatant que l'intéressé se maintenait au centre d'accueil pour demandeurs d'asile, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A du centre de Saint Quentin Fallavier.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête du préfet, il y a lieu d'accorder à M. A, le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions du préfet de l'Isère :

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. /La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article R. 552-6 du même code : " Le gestionnaire du lieu d'hébergement signale, dans les meilleurs délais, toute absence injustifiée et prolongée, tout comportement violent et tout manquement grave au règlement du lieu d'hébergement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ".

5. Il résulte de l'instruction que M. A a été impliqué dans des faits de violence sur une personne à proximité de l'HUDA le 31 janvier et de harcèlement à l'encontre d'une femme hébergée dans la structure. Par ailleurs, un contrôle du 5 avril 2023 a révélé que M. A hébergeait indûment son frère Rahimullah dans sa chambre. Eu égard à ce comportement suffisamment établi par les pièces produites., la demande présentée par le préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. La procédure de sortie d'une structure d'hébergement est entièrement régie par les dispositions des articles L. 552-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles R. 552-1 et suivants du même code. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié de la procédure contradictoire mentionnée à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, alors au demeurant que l'intéressé a été informé plusieurs fois, par des courriers motivés, de l'obligation dans laquelle il se trouvait de quitter les lieux.

7. Enfin, l'exclusion des lieux de M. A étant essentiellement fondé sur son comportement violent et des manquements au règlement du lieu d'hébergement, M. A ne peut utilement soutenir qu'aucune offre d'hébergement ne lui a été faite, en méconnaissance du 2° de l'article R. 552-15 du code.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet de l'Isère tendant à ce que soit enjoint la libération sans délai par M. A du logement qu'il occupe Huda Adoma La Verpillière, 44 avenue d'Artois, BP 34 à Saint Quentin Fallavier. Faute pour l'intéressé et toute personne l'accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. A de quitter l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile qu'il occupe 44 avenue d'Artois BP 34 à saint Quentin-Fallavier (38291) sans délai à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. A, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. A, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C A et à Me Samba-Sambeligue.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 6 septembre 2023.

Le juge des référés,

J. P. BLa greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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