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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305182

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305182

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2023, M. A B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la préfète n'a pas examiné sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il est entaché d'erreur de droit faute d'examen de sa situation au regard du pouvoir discrétionnaire du préfet et compte tenu de ce que le seul motif retenu est le défaut de visa long séjour ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Holzem a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 23 octobre 2017, sous couvert d'un visa court séjour. Il a sollicité auprès des services préfectoraux la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué la préfète de la Drôme a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne tant les motifs de droit, que les éléments de fait caractérisant les conditions de séjour ainsi que la situation personnelle du requérant, sur lesquels la préfète s'est fondée. Il est suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2, L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. D'une part, le requérant fait grief à la préfète d'avoir examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 7b de l'accord franco-algérien alors qu'il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mais ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, le requérant ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que l'arrêté n'est pas entaché de défaut d'examen.

6. D'autre part, contrairement à ce qui est soutenu, la préfète a explicitement mentionné dans son arrêté qu'il n'y avait pas lieu de procéder à une régularisation de sa situation compte tenu des éléments de sa situation personnelle qu'elle a par ailleurs analysée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

7. En troisième lieu, M. B est célibataire et sans enfant. Il est entré en France à l'âge de 36 ans et ne réside en France que depuis un peu plus de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il a fait montre d'une volonté d'insertion, notamment par le travail et par son inscription à des clubs sportifs, s'il dispose d'un contrat à durée indéterminée et si les personnes pour lesquelles il a travaillé attestent de son sérieux, ces circonstances sont insuffisantes pour démontrer qu'en adoptant l'arrêté attaqué le préfet a porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été adopté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées aux fins d'injonction et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230518

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