jeudi 24 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2305232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 5 |
| Avocat requérant | GERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 août 2023, M. E B, représenté par Me Gerin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône du 26 juillet 2023 ayant ordonné sa remise aux autorités néerlandaises ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de l'admettre provisoirement au séjour en qualité de demandeur d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête, introduite dans les délais de recours contentieux, est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait l'article 4 du règlement n° 604/2013 dit " D A " dès lors que la préfète du Rhône ne lui a pas délivré l'information prévue à cet article dans une langue qu'il comprend ;
- il méconnait l'article 5 du même règlement à défaut pour le préfet d'apporter la preuve que l'entretien individuel se soit déroulé en présence d'un interprète ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles 12 et 17 de ce règlement dès lors que son visa C a été délivré par les autorités consulaires françaises et qu'il lui permet d'entrer dans tous les pays de l'espace Schengen ;
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 23 août 2023 à 10 heures, tenue en présence de M. Muller, greffier d'audience, Mme G a présenté son rapport en l'absence des parties.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais né en 1986, est entré régulièrement en France, selon ses déclarations, le 7 février 2023. Il a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités françaises, les empreintes de l'intéressé ayant été relevées le 3 avril 2023. La consultation du fichier VIS a révélé que ce dernier était titulaire d'un visa délivré par les autorités françaises en représentation des Pays-Bas valide du 5 février 2023 au 25 février 2023 apposé sur le passeport n° OA0408790. Les autorités néerlandaises ont été saisies le 10 mai 2023 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Les Pays-Bas ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de M. B le 3 juillet 2023. La préfète du Rhône a alors ordonné la remise de celui-ci aux autorités néerlandaises par un arrêté du 26 juillet 2023. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). " Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme C F, cheffe du pôle régional D, titulaire d'une délégation de signature à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, par arrêté du 31 mai 2023, publié le 1er juin au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. L'arrêté du 26 juillet 2023 comporte ces indications, reprises au point 1 du présent jugement. Dès lors, l'arrêté du 26 juillet 2023 répond à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées.
5. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 impose aux Etats membres d'informer le demandeur d'asile des modalités d'application du règlement. Le § 2 de cet article prévoit que ces informations sont données par écrit dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend. En l'espèce, les brochures d'information A et B ont été remises à M. B, dès l'introduction de sa demande d'asile procédure D au guichet unique de la préfecture de l'Isère le 3 avril 2023 en français, langue qu'il a déclaré lire, comprendre et parler. La préfète du Rhône a versé au dossier la copie des premières pages des brochures d'information A et B en langue française paraphées par M. B le 3 avril 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article 5 du même règlement que le demandeur d'asile doit pouvoir bénéficier d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et que l'entretien doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. En l'espèce, contrairement à ce que soutient M. B, cet entretien a eu lieu le 3 avril 2023 en préfecture de l'Isère, en langue française, langue que l'intéressé a dit comprendre. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article 5 du règlement ont été méconnues.
7. En cinquième lieu, aux termes du 2 de l'article 12 : " Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) n°810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".
8. L'impression du fichier Visabio produite indique " Etat membre responsable : France, Autorité représentée : Pays-Bas ". En outre, la copie de visa produite porte la mention R/NL dont le préfet indique sans contestation qu'elle signifie " en représentation des Pays-Bas ". Dès lors, ainsi que le fait valoir le préfet, le visa de M. B a été délivré par les autorités françaises en représentation des autorités néerlandaises, responsables de l'examen de la demande d'asile ainsi qu'elles l'ont explicitement reconnu. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 12 doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
10. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
11. M. B ne fait état d'aucune raison sérieuse de croire qu'il existerait au Pays-Bas une défaillance systémique dans la procédure d'asile ou les conditions d'accueil des demandeurs. Le requérant soutient que sa famille réside sur le territoire français et qu'il a lui-même vécu en France entre 2011 et 2014 en qualité d'étranger malade sans toutefois l'établir. S'il est constant que sa sœur séjourne légalement sur le territoire français, cette seule circonstance ne suffit pas à estimer que la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 en s'abstenant de faire usage du pouvoir qu'elle détient de procéder à l'examen de sa demande d'asile. En ordonnant la remise de M. B aux autorités néerlandaises, la préfète du Rhône n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Gerin et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.
La magistrate désignée,
A. G
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°230523
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026