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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305251

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305251

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 3
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2023, M. E, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade ;

4°) subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 1800 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas rapportée ;

- elle méconnait l'article L 613-4 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnait l'article L 611-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

-

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de M. B représentant M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience,

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. M. E ressortissant de nationalité bangladaise né en 1979 à Comilla, dit être entré en France en 2022. Par une décision du 20 mai 2022 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. La Cour nationale du droit d'asile a le 23 janvier 2023 confirmé cette décision. Par l'arrêté du 24 juillet 2023 le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : [] 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. [] ". Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. E souffre d'un diabète de type 1 depuis 2015, pathologie qui nécessite un suivi régulier ainsi qu'un traitement médicamenteux quotidien par voie injectable composé de FLECTOR, ABASAGLAR, GALVUS, BSQSIMI, MERFORMINE et NOVORAPID. Le docteur D qui l'a suivi du 24 janvier au 3 juin 2022 confirme ce diabète de type 1 et indique qu'il a modifié le traitement médical initial du fait de complications. Dans son certificat médical du 20 octobre 2022, le docteur A confirme également que M. E souffre d'un diabète depuis 7 ans d'équilibration difficile. Ce praticien a en outre rédigé un certificat médical le 5 mai 2023 duquel il ressort que le requérant est atteint de troubles sensitifs aux membres inférieurs, en lien avec une polyneuropathie axonale à prédominant sensitive. Le docteur F ayant examiné le requérant dans le cadre de sa demande d'asile a indiqué que ce dernier présente un état anxio-dépressif majeur en lien étroit avec son récit de vie. M. E soutient sans être contredit qu'il avait rendez-vous le 30 mai 2023 pour déposer son dossier de demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade ce qu'il n'a pu faire, la préfecture lui réclamant l'original de son extrait de naissance et qu'un nouveau rendez-vous lui a été accordé le 27 septembre 2023 pour pouvoir déposer cette demande . Dans ces circonstances, M. E est fondé à soutenir que l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cette décision doit être annulée, de même que, par voie de conséquence, la décision fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

4. L'annulation de l'arrêté attaqué implique uniquement que le préfet de l'Isère réexamine la situation de M. E. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer à l'intéressé dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour.

5. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me B, avocat de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. E de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 24 juillet 2023 du le préfet de l'Isère est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au le préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. E dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 700 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, à Me B et au le préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. CLe greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au le préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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