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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305704

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305704

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 7 août 2023 par laquelle le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère à réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de retour :

- est illégale par voie d'exception ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme.

Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu :

- Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique

- Les observations de Me Marcel substituant Me Mathis, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 2 mars 1996 à Nangarhar (Afghanistan), est un ressortissant afghan. Il déclare être entré en France le 3 décembre. Sa demande d'asile est rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 décembre 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 juillet 2023. Par arrêté du 7 août 2023 par laquelle le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. L'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. C. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ou que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrivée en France de M. C est récente, il est célibataire et sans enfant, il ne justifie pas d'une intégration particulière même s'il suit des cours de français alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside encore sa mère où il a passé l'essentiel de sa vie. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale par la voie de l'exception d'illégalité.

6. Si M. C soutient qu'il encourt des risques de subir des violences en cas de retour dans son pays d'origine suite à l'appropriation d'un terrain lui appartenant par les talibans, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations permettant de prouver que ce risque est réel et sérieux et susceptible de constituer une violation de l'article 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme en cas de reconduite à la frontière, alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation et d'injonction de M. C doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le président

J.P. A

Le greffier

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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