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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305897

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305897

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 20 septembre 2023, Mme A, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 février 2023, par lequel la préfète de la Drôme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité salariée dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- le signataire de l'acte était incompétent ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, la préfète n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour ;

- alors que la demande de titre est fondée sur son état de santé, la préfète n'a pas saisi l'OFII, l'auteur de l'avis médical n'est pas identifié et le rapport n'est pas produit;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : elle réside habituellement en France et son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui n'est pas disponible dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : elle réside en France depuis plus de trois ans, n'a plus d'attaches dans son pays d'origine et sa fille et ses petites filles résident régulièrement sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi :

- elles doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation.

Par ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2023.

Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, née le 20 mai 1948, est entrée en France le 21 novembre 2019, sous couvert de son passeport albanais en cours de validité. Elle a sollicité le 19 décembre 2019 le statut de réfugiée qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 janvier 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 juin 2020. Elle a obtenu le 14 mai 2020 un titre de séjour sur le fondement de son état de santé, renouvelé jusqu'au 3 octobre 2022. Elle a sollicité le 12 août 2022 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 15 février 2023, la préfète de la Drôme lui a opposé un refus, qu'elle a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Drôme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision par laquelle la préfète de la Drôme a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme A énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent à l'intéressée de le contester utilement. La préfète n'étant pas tenue de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressée, celle-ci satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, quel que soit le bien fondé des motifs retenus, et ne peut être regardée comme entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette décision que la préfète se serait estimée liée par l'avis médical du 2 février 2023 rendu par le collège de médecins de l'OFII.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

5. La demande de renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé présentée par Mme A a fait l'objet d'un avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 2 février 2023. Le rapport médical du médecin instructeur en date du 12 novembre 2022 a été transmis à ce collège le 14 novembre 2022 et ce médecin ne faisait pas partie du collège de médecins ayant rendu l'avis. Ces signataires sont identifiés et font partie de la liste des médecins désignés à cet effet. Dès lors, cet avis, qui a été produit par le préfet de la Drôme, comporte l'ensemble des mentions exigées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Par suite, les moyens tirés l'absence de saisine de l'OFII et de l'irrégularité de la procédure devant l'OFII doivent être écartés.

7. Par ailleurs, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

8. L'avis du collège de médecins du 2 février 2023, dont se prévaut la préfète de la Drôme, indique que, si l'état de santé de l'intéressée, qui souffre d'un syndrome lymphoprolifératif et d'une leucémie, d'un diabète de type II et d'une myocardiopathie ischémique, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. A l'appui de sa requête, Madame A produit 33 pièces médicales datées du 11 janvier 2021 au 12 septembre 2023. Les hospitalisations du 5 au 18 avril 2023 pour décompensation cardiaque, puis du 06 septembre 2023 au 12 septembre 2023 pour dyspnée aigue, confirment, postérieurement à la décision attaquée, la gravité de son état de santé et le risque vital en cas d'arrêt du traitement. Toutefois, ni ces hospitalisations, ni les attestations médicales contemporaines ne permettent de retenir une aggravation des pathologies prises en compte dans l'avis du 2 février 2023 selon lequel Mme A peut être traitée dans son pays d'origine. En l'absence de toute précision quant à la ou aux contre-indications au voyage ainsi qu'à leur durée, le certificat médical établi par le cardiologue hospitalier le 4 avril 2023 avant l'hospitalisation et les soins reçus par Mme A demeure insuffisant pour retenir qu'elle ne se trouverait plus en état de voyager vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, Mme A n'étant pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient par ailleurs au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis plus de trois ans et n'a plus d'attaches dans son pays d'origine alors que sa fille et ses petites filles résident régulièrement sur le territoire français. Il ne ressort cependant ni des pièces du dossier ni des explications de l'intéressée, qui demeure taisante sur ses relations et sa vie dans son pays d'origine, qu'elle serait dépourvue de tous liens personnels et familiaux en Albanie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 71 ans.

12. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, Mme A n'établit ni qu'elle ne peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ni que son état de santé ne lui permet pas de voyager sans risque. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

15. En troisième lieu, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France et à la possibilité pour la requérante de bénéficier de soins dans son pays d'origine, la préfète de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dans les mêmes circonstances, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation Mme A.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application combinée des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. C et M. D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

A. TRIOLETLa greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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