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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305901

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305901

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantPORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a signifié une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de supprimer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Morel en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 octobre 2023, ont été entendus :

- le rapport de M. Morel ;

- les observations de Me Poret, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant algérien né en 1998, dont le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 6 septembre 2021 et la Cour nationale du droit d'asile, à trois reprises a par l'arrêté attaqué pris par le préfet de l'Isère le 13 septembre 2023 fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il conteste ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté du 13 septembre 2023 a été signé par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Isère du même jour et ainsi opposable au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. M. B a pu faire valoir les éléments concernant sa situation lors de son audition au commissariat central de Grenoble le 13 septembre 2023. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il disposait d'informations pertinentes et nouvelles qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance du préfet de l'Isère et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / ".

7. M. B soutient qu'il est marié à une ressortissante algérienne présente sur le territoire français. Il indique qu'il est le père d'un petit garçon né sur le territoire français le 30 janvier 2021 à La Tronche. Toutefois, M. B n'est présent sur le territoire national à date certaine que depuis le 13 juin 2021, date du dépôt de sa demande d'asile. Son épouse et lui-même ont été déboutés du droit d'asile de sorte qu'étant de même nationalité, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que leur cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne pouvant être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise l'intéressé n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni à se prévaloir d'une atteinte portée à l' intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant . La décision attaquée n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

9. Si M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'établit pas disposer de liens importants sur le territoire français. Le moyen sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. Il résulte de la décision en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par le préfet de l'Isère après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point précédent. Par ailleurs, la situation de M. B ne caractérise pas l'existence de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire le préfet à ne pas assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, de ces dispositions doit être écarté.

13. Si M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'établit pas disposer de liens sur le territoire français. Par suite, en lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans, le préfet n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 612-10, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence sa requête sera rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article1er : M. B est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Poret, et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Morel La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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