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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306157

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306157

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023, Mme C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 233,71 euros ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Savoie au profit de son conseil la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de notification du 21 novembre 2022 :

- elle est insuffisamment motivée,

- elle ne permet pas de connaître le montant exact de la dette ; elle méconnaît les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- elle ne mentionne pas les voies et délais de recours.

S'agissant de la décision implicite de rejet :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise sur la base d'une enquête irrégulière dès lors que l'agent de contrôle ne justifie pas de son assermentation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale ;

- la caisse a fait un usage irrégulier du droit à communication ;

- la caisse d'allocations familiales ne produit pas le décompte des créances ;

- les articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ont été méconnus dès lors que la décision de rejet de son recours préalable n'a pas été précédée de l'avis de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales ;

- les retenus pratiquées méconnaissent l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'elle justifie d'une vie stable et effective en France et qu'elle ne dispose d'aucun revenu supplémentaire non déclaré ;

- sa situation financière impose que lui soit accordée une remise gracieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur la requête en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience.

M. B a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active à compter de septembre 2020. Suite à un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie, chargée de verser cette prestation pour le compte du département, a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions de résidence effective en France à compter de juillet 2021. Par une décision du 21 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a notifié à Mme A un indu d'un montant total de 13 121,93 euros comprenant 6 233,71 euros de revenu de solidarité active. La requérante a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable daté du 14 décembre 2021 et rejeté par une décision expresse du 18 avril 2023, notifié à l'intéressée le 21 avril 2023.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

3. Il résulte des dispositions précitées que les contestations des décisions prises en matière de revenu de solidarité active doivent être précédées d'un recours préalable obligatoire. Ainsi, en application de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration, la décision prise sur recours préalable se substitue à la décision initiale de sorte que celle-ci ne peut plus être utilement contestée. Par conséquent, la décision expresse du 18 avril 2023 s'étant substituée à la première décision implicite de rejet ainsi qu'à la notification d'indu du 21 novembre 2022, les moyens dirigés contre cette décision sont irrecevables et doivent ainsi être écartés. Enfin, les moyens dirigés contre la décision implicite de rejet née le du rejet de son recours préalable doivent être redirigés contre la décision expresse du 18 avril 2023.

Sur la régularité de la décision de rejet de son recours préalable :

4. En application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la notification d'un indu de revenu de solidarité active doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision, les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. Il résulte de l'instruction que la décision du 18 avril 2023 de rejet du recours préalable de Mme A ne comporte aucune motivation en droit et ne mentionne pas le montant des sommes réclamées. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens relatifs au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active, que la décision du président du conseil départemental de la Haute-Savoie du 18 avril 2023 doit être annulée.

Sur les conséquences de l'annulation :

7. Eu égard au motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de prendre une nouvelle décision régulièrement motivée dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Sur la demande de remise gracieuse :

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise totale ou partielle.

9. Si Mme A sollicite la remise gracieuse de l'indu mis à sa charge, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait effectivement formé une telle demande auprès des autorités compétentes. De plus, il n'est pas contesté que les indus résultent d'une omission intentionnelle de déclaration de sa résidence à l'étranger faisant ainsi obstacle à toute réduction de sa dette. Par conséquent, Mme A ne satisfait pas aux conditions de bonne foi requises pour une remise gracieuse.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 avril 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de la Haute-Savoie de prendre une décision régulièrement motivée dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Desfarges et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le vice-président,

C. BLa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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