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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306594

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306594

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306594
TypeDécision
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- La requête a été enregistrée le 13 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Lyon. Elle a été renvoyée au tribunal administratif de Grenoble par ordonnance du 13 octobre 2023.

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2023 sous le numéro 2306607, M. D G, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ardèche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la destination d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- sont entachées d'incompétence ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

*La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

*L'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

II.- Par une requête enregistrée le 13 octobre 2023 sous le numéro 2306594, M. D G, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est entaché d'un vice de procédure tiré de ce que le formulaire sur ses droits et obligations ne lui a pas été communiqué en méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 octobre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet des requêtes.

Elle fait valoir que les moyens des requêtes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application des chapitres VI à VII ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ayant été convoquées à l'audience du 17 octobre 2023 à 14 heures ;

Le rapport de Mme E, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant géorgien né en 2001, demande l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la destination d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il demande également d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

2. Les requêtes présentées par M. G concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F C, directeur de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. G fait valoir qu'il est entré sur le territoire en août 2019, qu'il est en concubinage avec une ressortissante géorgienne avec laquelle il a eu un enfant en juillet 2023 et que l'ensemble de sa famille réside sur le territoire. Toutefois, la présence de M. G sur le territoire national est récente et il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans en Géorgie. Une obligation de quitter le territoire français a été prise à l'encontre de son épouse, qui est de même nationalité le 21 février 2023 et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Géorgie. Si ses parents sont également sur le territoire, ils ne sont pas en situation régulière. En outre, M. G a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 29 janvier 2021, qu'il n'a pas exécutée, ce qui ne caractérise pas une insertion dans la société française qui repose sur le respect de la loi et des décisions administratives. Dans ces circonstances, et alors même qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de chauffeur livreur, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé aux points précédents, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()

4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Pour refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire à M. G, la préfète s'est fondée sur les dispositions précitées du 2°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que M. G s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement dont la préfète établit qu'elle lui a été régulièrement notifiée. En tout état de cause, M. G ne conteste pas les trois autres motifs fondés sur les dispositions du 2, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. G n'est donc pas fondé à soutenir que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues et que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé aux points précédents, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, la préfète de l'Ardèche a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision n'a pas pour objet de le séparer de son enfant dès lors que sa concubine est de même nationalité et que rien ne fait obstacle à ce qu'elle le suive en Géorgie. Ainsi, la préfète de l'Ardèche qui a pris en compte l'ensemble de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en prononçant une interdiction sur le territoire d'une durée d'un an et n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête n°2306607 tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 doivent être rejetées en tant qu'elles portent sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, portant interdiction de retour d'une durée d'un an et fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration à la préfecture, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme du même jour et ainsi opposable au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".

15. La formalité définie par cet article étant postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence, l'absence de remise du formulaire demeure sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence qui s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé et dépourvu de caractère stéréotypé. Cette motivation révèle que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

18. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la mesure d'éloignement dont M. G fait l'objet ne constituerait pas une perspective raisonnable. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. En cinquième et dernier lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car il a quitté le Géorgie en raison de menaces de mort, que sa femme et son enfant résident en France et qu'il a trouvé un emploi dans une société de transport de marchandises. Toutefois, il ne démontre pas en quoi les obligations prescrites par l'assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. En tout état de cause, sa demande d'asile a été rejetée et le seul courrier d'un avocat géorgien ne saurait établir qu'il serait personnellement menacé dans son pays d'origine. S'il réside en France depuis 2019, il s'y est maintenu de manière précaire et, malgré une précédente obligation de quitter le territoire français. Comme il a été indiqué précédemment, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée de sa femme et de leur bébé, de nationalité géorgienne, se reconstitue dans ce pays. Les autres membres de sa famille sur le territoire sont en situation irrégulière. Par suite, et alors même qu'il aurait trouvé un emploi comme chauffeur livreur, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête n°2306594 tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. G est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions des requêtes n° 2306594 et 2306607 est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Me Albertin, à la préfète de l'Ardèche et au préfet de la Drôme. Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La magistrate désignée,

E. E

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne aux préfets de l'Ardèche et de la Drôme, chacun en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2306607

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