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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306736

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306736

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours courant à compter de la date de notification du jugement ou subsidiairement, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans le délai de 2 jours, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour n'est pas motivé ;

- le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur matérielle ;

- ce refus méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale ;

- cette obligation n'est pas motivée ;

- cette obligation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant fixation du pays de destination n'est pas motivée ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français prive la décision portant fixation du pays de destination de base légale.

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, par lequel il conclut rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- et les observations de Me Mathis représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 7 mai 1997, serait entré en France en novembre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile en août 2021. M. A a présenté une demande de titre de séjour en juin 2022 en qualité de salarié ou sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction :

2. L'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il satisfait ainsi à l'exigence de motivation qu'imposent les articles L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Quant à la décision portant fixation du pays de destination, aucune disposition n'impose sa motivation. Par suite, le moyen tiré du vice de forme entachant ces trois décisions doit être écarté.

3. M. A n'apporte aucune preuve de la relation intime qu'il prétend entretenir avec une compatriote présente sur le territoire national, aucun élément sur les circonstances de séjour de l'intéressée non plus qu'aucune preuve de l'existence de leur enfant commun. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en retenant qu'il ne disposait d'aucune attache familiale en France, le préfet aurait commis une erreur matérielle. Il ne saurait d'avantage prétendre que cette mention erronée attesterait de l'absence d'examen de sa situation. Par suite, les deux moyens correspondants doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Le fait que M. A ait travaillé pendant un peu plus d'une année en qualité de manœuvre auprès d'une entreprise du bâtiment et que son employeur lui ait consenti, un an avant le refus de titre de séjour en litige, une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée de 3 mois ne suffit pas à caractériser des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Ces éléments ne révèlent pas en effet que le requérant se trouverait, compte tenu des caractéristiques de l'emploi qu'il occupe, de son aptitude à l'exercer et de tout autre élément personnel, dans une situation hors du commun. Par ailleurs, comme indiqué au point 3, M. A ne justifie d'aucune attache familiale en France. Il n'y résidait, à la date du refus contesté, que depuis 4 ans, et s'y est maintenu, de surcroît, en partie de façon irrégulière. Par suite, il ne justifie pas du caractère impératif de son maintien en France et, partant, de considérations humanitaires au sens de ces mêmes dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance, par le refus de titre de séjour en litige, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Compte tenu de la situation personnelle et familiale de M. A en France, telle que décrite aux points 3 et 5, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par le refus de titre de séjour en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant ce refus doivent être écartés.

7. Pour les motifs exposés aux points 2 à 6, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'obligation de quitter le territoire français, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Pour les motifs exposés aux points 2 à 8, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, excipée à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, doit être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

11. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306736

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