vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306855 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SAMBA-SAMBELIGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble la requête de M. B en application des dispositions de l'article R.776-16 du code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, M. B, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023, par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B fait valoir que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence, d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait l'article L.521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe de non refoulement ; il court des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine ;
- méconnait l'article L.611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal à délégué à Mme Fourcade les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Samba- Sambeligue.
L'instruction a, été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ressortissant kosovar né le 16 octobre 2000, a été interpellé le 18 octobre 2023 pour des faits de recel de vol. Dans les suites de cette interpellation, il s'est vu notifier l'arrêté contesté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans. Par un arrêté du 21 octobre 2023, M. B initialement placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry le 19 octobre 2023 puis libéré par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 21 octobre suivant, a été assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. B, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l 'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D A, en sa qualité de secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 21 aout 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit être écarté comme manquant en fait.
4. L'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Il ressort des termes de cet arrêté que le préfet a examiné la situation personnelle du requérant. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel de la situation du requérant doivent par suite être écartés.
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 2° à 8° peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 s'il vit en France en état de polygamie ".
6. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis l'âge au plus de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.
7. En l'espèce, le requérant est entré en France à l'âge de 11 ans accompagné de sa mère et de son frère. Si le parcours de l'intéressé est émaillé de très nombreuses interpellations et condamnations en France, le préfet ne relève aucun événement judicaire le concernant entre la condamnation (à une peine d'emprisonnement avec sursis) dont il a fait l'objet le 29 janvier 2020 et celle prononcée le 3 aout 2022 (à une peine d'emprisonnement de 4 mois). Or au titre de ce laps de temps de plus de 2 ans, M. B ne produit aucun justificatif de sa présence en France. A la même période, et alors que l'intéressé s'est fait délivrer un passeport kosovar en aout 2018, une note du service de la sécurité intérieure de la république du Kosovo fait état des 16 allers et retours de l'intéressé entre le Kosovo, l'Albanie ou la Serbie du 19 février 2020 au 12 juillet 2021. Si l'intéressé fait valoir qu'il a dû se rendre au Kosovo pour organiser les funérailles de sa mère décédée en 2020, cette seule circonstance ne suffit pas à expliquer les allers-retours précédemment décrits sur une période d'un an et demi. Enfin, l'intéressé ne produit aucun justificatif de domicile ou d'hébergement en France pour la période allant de la fin de sa prise en charge par l'ASE, le 16 octobre 2018, date de sa majorité, au 1er mars 2023. Il ne produit pas davantage son passeport ou des documents de voyage qui pourraient justifier du caractère ponctuel de courts allers et retours au Kosovo. Dans ces circonstances, M. B ne justifie pas résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de 13 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.611-3 2° doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne à droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
9. M. B, célibataire, sans enfant, se prévaut de la présence de son frère en France. Toutefois, les très nombreuses interpellations et condamnations dont il a fait l'objet ne témoignent pas d'une bonne intégration dans la société française. Il ne fait état d'aucune insertion professionnelle en France. Par suite, et malgré le jeune âge de l'intéressé à son arrivée en France, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquelles elle a été prise. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Par une décision, devenue définitive, du 12 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L.512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a mis fin à la protection subsidiaire qui lui avait été accordée en 2014. Cette décision a été motivé par les circonstances que l'intéressé s'était fait délivrer un passeport kosovar en 2018 alors même qu'en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire il ne pouvait plus s'adresser aux autorités de son pays d'origine pour l'obtention de documents officiels et en raison des allers et retours décrits pas la note du service de sécurité intérieure précitée. Par suite, l'intéressé qui n'a ni la qualité de demandeur d'asile ni la qualité de réfugié ne saurait se prévaloir de la méconnaissance de l'article L.521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du principe de non-refoulement énoncé à l'article 33 de la convention de Genève.
11. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " De plus, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. C'est à l'issue d'un examen particulièrement circonstancié, tenant compte de la circonstance que M. B ait bénéficié par le passé de la protection subsidiaire, que le préfet a considéré qu'au regard des liens actuels de M. B avec son pays d'origine, liens non sérieusement contredits dans le cadre de la présente instance, celui-ci n'établissait pas l'existence de risques actuels pour sa vie ou sa liberté en cas de retour au Kosovo. Si le requérant fait valoir que ses craintes de persécution sont toujours d'actualité, il n'en justifie aucunement. Par suite, la décision fixant le pays de destination ne méconnait pas les dispositions et stipulations précitées.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Les conclusions de M. B, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Samba-Sambeligue et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
F. FOURCADE
Le greffier,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2306855
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026