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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307546

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307546

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOUCHAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2023 et un mémoire complémentaire du 11 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Bouchair, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° OQTF/74/S/2023/121 du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Savoie fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 janvier 2024, Mme Letellier a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante kosovare, âgée de 21 ans, déclare être entrée en France le 17 décembre 2016. Le 10 août 2021, elle a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation de l'intéressée et énonce les considérations de droit sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé. La requérante ne mentionne d'ailleurs pas quel élément le préfet aurait omis de prendre en compte dans l'appréciation de sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.

4. Si Mme B soutient qu'elle réside en France depuis sept ans, où elle suit une scolarité après avoir été scolarisée en Suisse, qu'elle vit chez son père avec son frère et que toute sa famille réside en France et en Suisse, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle ne réside en France que depuis l'année 2020, ainsi que cela ressort du contrat de location de logement meublé à Gaillard, signé par son père, M. D B, le 1er avril 2020. A cette date, l'intéressée est scolarisée en Suisse depuis 2016 dans le canton de Genève, scolarité qu'elle achève au mois de juin 2021. Elle est ensuite scolarisée en France où elle obtient un CAP spécialité esthétique cosmétique parfumerie en juin 2023 avant de s'inscrire pour une formation à distance de secrétaire médical. Son père, M. D B, se maintient en situation irrégulière depuis le prononcé d'une mesure d'éloignement le 8 octobre 2021 dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par la Cour administrative d'appel, le 9 janvier 2023. Son frère, M. C B, né en 2005 au Kosovo et actuellement scolarisé en France, n'est plus en situation régulière depuis l'expiration de son récépissé de demande de titre de séjour, le 11 janvier 2024. La requérante produit en outre plusieurs titres de séjour accordés par les autorités suisses ou françaises, à des personnes de nationalité kosovare, sans préciser toutefois les liens qui l'unissent à celles-ci. Enfin, les quelques attestations de sympathie proviennent de son voisinage sans révéler d'attaches particulières en France. Ainsi Mme B ne justifie pas d'une insertion suffisante dans la société française alors qu'elle a passé l'essentiel de sa vie hors de France et que son père et son frère, de même nationalité, sont eux-mêmes en situation irrégulière. Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. La requérante vit en France depuis environ trois ans et y est scolarisée. Ces circonstances ne sont pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels pouvant justifier son admission au séjour à titre exceptionnel. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une méconnaissance des dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction.

8. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme B tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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