vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308063 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023, M. E D et Mme B A, représentés par Me Combes, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de leur assurer un hébergement d'urgence correspondant à leurs besoins, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est constituée dès lors que M. D n'a pas pour le moment de droit au séjour et Mme A, après avoir été placée en procédure Dublin, devrait être placée prochainement en procédure normale faute d'organisation de son transfert vers l'Italie par les autorités françaises ; elle ne dispose pas d'un hébergement en CADA ; malgré des appels au 115, aucune solution d'hébergement ne leur a été proposée ; les requérants présentent aujourd'hui un état de grande précarité et d'anxiété en raison de leur situation, pour elle-même, mais surtout pour l'enfant qui peut désormais naître à tout moment ; leur détresse médicale, psychique et sociale est manifeste ;
- la carence du préfet de l'Isère à mettre en place un accueil d'urgence porte atteinte à une liberté fondamentale ; au cas présent, l'État n'a pas rempli son obligation en s'abstenant de les orienter vers une structure d'hébergement d'urgence, malgré leurs appels réguliers au 115 ; M. D a pourtant été reconnu prioritaire au titre du DAHO ; leur situation est particulièrement préoccupante ; ils se retrouvent à la rue alors que Mme A est enceinte de 8 mois ; ils sont quotidiennement exposés aux difficultés du climat, alors que les températures vont en diminuant en cette fin d'automne, et aux multiples dangers de la rue, notamment aux violences dont ils pourraient être victimes ; leur précarité les rend particulièrement vulnérables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'au regard des moyens dont dispose l'administration et des diligences accomplies par ses soins, les autorités de l'État ne sauraient se voir reprocher une quelconque carence caractérisée ; que la situation personnelle des intéressés ne révèle pas d'une vulnérabilité telle qu'elle justifierait, compte-tenu des diligences accomplies et des moyens mis en œuvre par l'administration, qu'il soit enjoint aux services de l'État leur prise en charge par le dispositif de l'hébergement d'urgence.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 décembre 2023 à 11h00 :
- le rapport de M. Vial-Pailler, vice-président.
- les observations de Me Combes, représentant M. E D et Mme B A, qui a informé le Tribunal de la naissance de l'enfant du couple et de la nécessité de trouver un logement malgré la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence.
- les observations Mme C, représentant le préfet de l'Isère.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. E D et Mme B A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions du requérant dirigées contre l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. ( ) ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Dès lors, s'agissant des ressortissants étrangers placés dans cette situation particulière, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.
5. Il résulte des documents transmis par le préfet de l'Isère que M. E D a vu sa demande d'asile rejetée définitivement, qu'il n'a entamé aucune démarche pour se conformer à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Ni l'absence de ressources du requérant, ni le fait qu'il est sans hébergement malgré ses appels répétés au 115 ne sont de nature à caractériser l'existence de circonstances exceptionnelles susceptibles de caractériser une carence de l'Etat constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale telle que mentionnée au point 4. M. D ne peut utilement faire valoir la circonstance qu'il a été reconnu prioritaire au titre du DAHO le 13 septembre 2021, antérieurement à cette mesure d'éloignement. Par ailleurs, ce dernier est un homme majeur ne présentant aucune vulnérabilité médicale.
6. Par ailleurs, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B A se serait soustraite à une mesure de transfert vers l'Italie, alors qu'elle ne sera plus réadmissible dans ce pays à compter du 24 décembre 2023, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut, compte tenu du cadre temporel dans lequel il se prononce, ordonner que des mesures utiles en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises. Le préfet de l'Isère fait valoir que la demande d'hébergement dans ce département est en constante augmentation depuis 10 ans, ce qui a conduit d'ailleurs à une sursollicitation des équipes du " 115 " qui reçoivent en moyenne, plus de 800 appels par semaine, que sur la semaine de 4 décembre 2023, le 115 a reçu 1 143 demandes d'hébergement soit 548 ménages dont 282 mineurs.Sur ces nouvelles demandes, 26 personnes distinctes ont pu être orientées sur une place d'hébergement en structure ou en accueil bénévole. De plus, sur cette même période, 122 ménages ont fait l'objet d'une alerte auprès des écoutants du 115 : 70 personnes avec un problème de santé, 43 enfants de 3 ans et moins, 6 personnes de 55 ans. Il s'ensuit que, en l'état de l'instruction et eu égard à cet office du juge des référés, le refus du préfet de procurer un hébergement d'urgence à M. E D et Mme B A et à leur enfant mineur né quelques heures avant l'audience, ne révèle pas, compte-tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une situation justifiant que soit ordonné au préfet, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, de prendre les mesures pour mettre à l'abri cette famille. Au surplus, il résulte des échanges entre les parties à l'audience que la préfecture de l'Isère va étudier, eu égard à la naissance de cet enfant en cours de procédure, le principe d'une mise à l'abri temporaire de cette famille qui est prête à s'installer partout en Isère. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte dirigées contre l'Etat doivent être également rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E
Article 1er : M. E D et Mme B A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. E D et Mme B A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E D et Mme B A, à Me Combes, au ministre de la santé et de la prévention et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chargé du logement.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 15 décembre 2023.
Le juge des référés,
C. VIAL-PAILLER
La greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chargé du logement chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026