Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2308097

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2308097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023, Mme A, représenté par Me Kovarik-Ovize, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 27 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Isère l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 4 juin 2023 au 10 octobre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la placer en congé de longue maladie à compter du 4 juin 2022 et de reconstituer sa carrière en conséquence avec rappel des traitements ;

3°) de mettre à la charge de la préfecture de l'Isère une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

L'urgence est caractérisée dès lors qu'elle se trouve privée de revenu alors qu'elle doit assumer des charges incompressibles notamment un emprunt immobilier, qu'elle ne cotise plus pour sa retraite alors qu'elle est âgée de 58 ans et que cette situation détériore son moral et son état de santé ;

Sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse les moyens tirés de

- l'incompétence ;

- l'irrégularité de la procédure suivie devant le comité médical dès lors que malgré sa demande, elle n'a pu accéder à l'intégralité de ses dossiers médicaux et administratifs ; que la convocation est tardive dès lors qu'elle l'a reçue 9 jours et non 10 avant la séance ; que le bordereau de transmission mentionne le nom d'une autre personne et comporte son numéro de sécurité sociale ; que le procès-verbal indique une date de naissance erronée ; que le délai est excessif entre sa demande de congé de longue maladie du 26 mai 2023 et l'avis du comité médical du 27 octobre 2023 ;

- l'irrégularité de la procédure dès lors que la décision lui a été notifiée par courriel ; que le médecin de prévention " n'a pas participé et n'a pas été invité " ; qu'elle n'a pas été invitée à faire valoir des observations et notamment à formuler une demande de reclassement ;

- le défaut de motivation,

- l'erreur d'appréciation dès lors que son état de santé relève du congé de longue maladie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 décembre 2023 sous le numéro 2308096 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions, notamment son article 43 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, notamment ses articles 17, 42, 47 et 48 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Ribeaud, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Kovarik-Ovize représentant Mme A,

- M. B, représentant le préfet de l'Isère, qui fait valoir que le recours est irrecevable la décision ayant été exécutée ; qu'il n'y a pas d'urgence dès lors que, comme durant la période antérieure, la requérante perçoit des indemnités journalières correspondant à un demi-traitement outre la moitié de son IFSE ; que l'avis du comité médical est motivé et que le préfet pouvait s'appuyer sur cette décision ; que le secret médical s'oppose à une motivation plus complète ; qu'il était tenu de placer Mme A dans une position régulière.

Sur question, les parties confirment que le conseil médical supérieur a été saisi en novembre 2023 et que la date de sa réunion n'est pas connue.

Il a été laissé à Me Kovarik-Ovize un délai jusqu'au 8 janvier 2024 à 12 heures pour répliquer aux pièces apportées à l'audience par le représentant de la préfecture et télétransmises le 4 janvier à 13 h 05. Elle a produit une note le 8 janvier à 9 heures 31.

Considérant ce qui suit :

1. Fonctionnaire affectée depuis janvier 2021 au service informatique de la préfecture de l'Isère, Mme A est placée en congé de maladie depuis le 4 juin 2022. Par un courrier du 26 mai 2023, elle a demandé à bénéficier d'un congé de longue maladie. Par avis du 10 octobre 2023, le conseil médical a émis un avis défavorable à cette demande en indiquant " l'état de santé de l'intéressée ne correspond pas aux critères d'attribution du congé de longue maladie. Reprise dès que possible dans un délai max de 2 mois à compter de ce jour sur un poste adapté à définir avec le médecin du travail ". Par l'arrêté en litige du 27 octobre 2023, qui a implicitement rejeté sa demande de congé de longue maladie, Mme A a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 4 juin 2023 au 10 octobre 2023. Il est constant que l'avis du conseil médical a été contesté devant le conseil médical supérieur.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision contestée :

2. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne l'urgence

3. Pour caractériser l'urgence, Mme A fait valoir qu'elle se trouve privée de revenu alors qu'elle doit assumer des charges incompressibles notamment un emprunt immobilier, qu'elle ne cotise plus pour sa retraite alors qu'elle est âgée de 58 ans et que cette situation détériore son moral et son état de santé.

4. Toutefois, la décision en litige, destinée à régulariser la situation d'une fonctionnaire en la plaçant rétroactivement dans l'une des positions prévues par son statut, présente un caractère provisoire dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur, qui doit intervenir dans le délai de quatre mois à compter de la saisine.

5. En outre, depuis juin 2023, Mme A perçoit des indemnités journalières dont le montant n'a pas été modifié par l'effet de la décision. Si elle avait été placée temporairement en congé de longue maladie à compter de juin 2023 comme elle le demande, elle percevrait un demi-traitement. Il est justifié que son demi-traitement s'élevait à 1 680 euros par mois alors que le montant des indemnités journalières est de l'ordre de 1 450 euros par mois. L'éventuelle perte financière de Mme A est donc limitée et, pour le moment, provisoire.

6. Au surplus, le comité médical l'a estimée apte à la reprise sous réserve d'adaptation de son poste.

7. Au vu de l'ensemble de ces éléments, l'urgence à placer provisoirement la requérante en congé de longue maladie, ainsi qu'elle le demande, n'est pas caractérisée.

En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux

8. En l'état de l'instruction, aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de placer Mme A en congé de longue maladie et moins encore à justifier qu'il soit enjoint de la placer provisoirement dans cette position.

9. Par ailleurs, lorsque le fonctionnaire a été déclaré apte à reprendre ses fonctions et que le placement en disponibilité d'office n'intervient, comme en l'espèce, qu'à titre rétroactif pour régulariser sa situation, l'administration n'est pas tenue de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Elle n'y est tenue, après avis du comité médical, que lorsque le fonctionnaire a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions et que son poste de travail ne peut être adapté.

10. Ainsi le moyen tiré de ce que Mme A n'a pas été invitée à présenter une demande de reclassement n'apparaît pas, en l'état, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du placement en disponibilité d'office.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Partie perdante, Mme A ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 9 janvier 2024.

La juge des référés,

A. C

Le greffier,

S. Ribeaud

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.