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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2308265

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2308265

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2308265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, Mme C épouse D , représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, dans le cas d'une annulation pour un motif de forme, de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, dans le cas d'une annulation pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision du collège de médecins méconnait les dispositions de l'article R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L.25-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

II°) Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, M. E D , représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, dans le cas d'une annulation pour un motif de forme, de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, dans le cas d'une annulation pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir consulté la commission du titre de séjour ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision du collège de médecins méconnait les dispositions de l'article R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L.25-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, de nationalité géorgienne, sont entrés en France les 6 février 2018 pour M. et 11 septembre 2018pour Mme pour y demander l'asile. Leurs demandes ont été rejetées le 5 mars 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décisions confirmées le 11 juin 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Après avoir été temporairement admis au séjour compte tenu des soins nécessités par l'état de santé de leur enfant B, M. et Mme D ont fait l'objet d'un refus de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français en date du 29 janvier 2021 qu'ils n'ont pas contesté. Le 26 mai 2023, ils ont déposé une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade. Par arrêtés du 6 novembre 2023 dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Drôme leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés attaqués :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné délégation à M. Moreau, secrétaire général de la préfecture, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de, M. et Mme D. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés contestés seraient insuffisamment motivés ou que le préfet de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leur situation personnelle.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrange s et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

7. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de la Drôme qu'un avis du collège de médecins de l'OFII a été émis le 16 octobre 2023 concernant l'état de santé du jeune B D. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'OFII. L'avis a été rendu au vu d'un rapport établi le 27 septembre 2023 par un médecin non membre de ce collège. Les requérants n'apportent aucun début de justification de nature à remettre en cause les mentions portées sur l'avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

9. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. et Mme D, le préfet de la Drôme a fait sien l'avis du collège de médecins émis le 16 octobre 2023 indiquant que l'état de santé de B nécessite une prise en charge médicale mais que son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, il mentionne que M. et Mme D n'ont produit aucune pièce permettant de contredire cet avis.

10. M. et Mme D soutiennent que B souffre de troubles de développement dus à la présence de kystes arachnoïdiens au niveau de la fosse cérébrale. Ils font valoir que leur fils a besoin d'un suivi pluridisciplinaire, qu'il bénéficie de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, d'une orientation vers un institut médico-éducatif et d'une aide humaine individuelle Toutefois, les éléments que la requérante verse au dossier ne suffisent pas pour infirmer l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel que l'état de santé de B nécessite une prise en charge médicale mais que son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il il peut voyager sans risque vers la Géorgie. Par suite, le moyen tiré de ce que sa prise en charge en Géorgie ne serait pas d'un niveau équivalent à celle offerte en France doit en tout état de cause être rejeté. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En outre, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés attaqués ni d'aucune autre pièce du dossier que l'auteur de la décision se serait cru en situation de compétence liée, suite à l'avis de l'OFII, pour refuser à M. et Mme D un droit au séjour.

12. Par ailleurs, M. et Mme D ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne sont pas n'est pas fondés à soutenir que le préfet de la Drôme était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre les décisions de refus de séjour en litige.

13. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 9 et 10 ci-dessus, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, l'exception d'illégalité des refus de titre de séjour directement invoquée contre les obligations de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 10, les pièces produites par les requérants ne remettent pas en cause l'avis médical du collège des médecins de l'OFII. En outre, cet avis a précisé que l'état de santé de B lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. L'arrivée en France de M. et Mme D est récente, Les décisions mentionnent que toute la famille est en situation irrégulière alors qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches en Géorgie où ils ont passé l'essentiel de leur vie avant leur arrivée en France. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme D doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C épouse D, à M. E D, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le président,

JP ALe greffier,

Ph MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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