mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308281 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 4 |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme H K F B , représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de condamner l'État à verser à son Conseil une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme K F B soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier et complet de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme K F B ne sont pas fondés.
II) Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme I B J, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de condamner l'État à verser à son Conseil une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B J soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier et complet de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 décembre 2023 le préfet de l'Isère conclut au rejet des requêtes.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B J ne sont pas fondés.
III) Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme C M J L, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de condamner l'État à verser à son Conseil une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme J L soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier et complet de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme J L ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Mathis, représentant Mme C M J L, Mme H K F B et Mme I B J.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H K F B, ressortissante Vénézuélienne, est entrée une première fois en France en 2018 sous couvert d'un passeport étudiant. Elle a obtenu un titre de séjour étudiant valable du 25 octobre 2019 au 24 octobre 2022. Elle a quitté le territoire à une date indéterminée. Elle déclare être revenue en France le 5 septembre 2022. Elle a fait une demande d'asile le 27 septembre 2022 qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rendue le 15 décembre 2022 et confirmée le 29 septembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2023 le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C M J L et Mme I B J, également ressortissantes Vénézuéliennes, sont entrées en France le 13 juillet 2022. Elles ont fait une demande d'asile le 27 septembre 2022 qui ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rendues le 15 décembre 2022 et confirmées le 29 septembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 29 novembre 2023 le préfet de l'Isère les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mmes K F B, J L et B J contestent ces décisions.
2. Les requêtes étant relatives à la situation d'une même famille d'étrangers il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mmes K F B, J L et B J au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun :
4. Les arrêtés attaqués qui mentionnent les éléments de fait propres aux situations de Mmes K F B, J L et B J et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent sont suffisamment motivés au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontrent que la situation des intéressés a fait l'objet d'un examen particulier et préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen particulier et complet de leur situation doivent être écartés.
Sur décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. S'agissant de Mme C M J L la requérante fait valoir que sa fille, Mme I B J, son fils, M. G B, sa petite fille Mme H K F B et son petit-fils M. E K F se trouvent sur le sol français. Toutefois son entrée en France est récente, elle est célibataire et en tout état de cause sa fille et sa petite fille sont dans la même situation administrative qu'elle. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Si Mme C M J L soutient que son fils et son petit-fils résident régulièrement en France elle n'en rapporte pas la preuve. Mme I B J fait valoir qu'elle vit en concubinage en France avec un ressortissant italien qu'elle a rencontré il y a quatre ans au Venezuela. Si elle soutient que son fils et son frère résident régulièrement en France elle n'en rapporte pas la preuve et en en tout état de cause rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Si Mme H K F B fait valoir qu'elle vit en concubinage, depuis le 18 décembre 2022 avec Vincent Berger ressortissant français elle n'en a pas fait état devant le préfet et en tout état de cause n'en rapporte pas la preuve. Elle indique que son frère, Andres Alejandro âgé de 14 ans, se trouve également sur le sol français. En tout état de cause rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Les trois requérantes soutiennent qu'elles font preuve d'une réelle volonté d'intégration dans la mesure ou Mme J L suit régulièrement des cours de français et est bénévole auprès de l'association diocésaine de Grenoble, que Mme B J suit également régulièrement des cours de français et que Mme H K F B travaille depuis septembre 2022 dans un restaurant. Toutefois ces seules circonstances ne suffisent pas à leur conférer un droit au séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme C M J L, Mme H K F B et Mme I B J ne sont fondées à soutenir qu'en prenant les décisions attaquées le préfet de l'Isère a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises et a par suite méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi.() ". Aux termes de l'article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Mmes K F B, J L et B J soutiennent qu'elles seraient en danger en cas de retour au Venezuela. Toutefois, elles n'apportent aucun élément de nature à établir qu'elles seraient réellement, personnellement et actuellement exposées à de tels traitements dans leurs pays d'origine. Au demeurant, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA, les requérantes ne sont par suite, pas fondées à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Les décisions portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, les requérantes ne sont pas fondées à soulever, par la voie de l'exception, l'illégalité des décisions fixant le pays de destination.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'État au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 des requérantes doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : Mmes K F B, J L et B J sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mmes K F B, J L et B J, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
S. ALe greffier,
M. D La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2308281, 2308287, 2308291
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026