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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400097

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400097

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 7
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 5 janvier 2024 sous le n° 2400097, M. E C, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1200 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et subsidiairement de lui verser cette somme si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

M.C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination est illégale dans la mesure où :

- la décision a été signée par un auteur incompétent ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et méconnait les articles L 541-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 5 janvier 2024 sous le n° 2400101, Mme A F B, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1200 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et subsidiairement de lui verser cette somme si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

Mme B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination est illégale dans la mesure où :

- la décision a été signée par un auteur incompétent ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et méconnait les articles L 541-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme B, de nationalité ivoirienne, sont entrés en France le 9 mai 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rendues le 7 février 2023 et confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 2 octobre 2023. Par des arrêtés du 27 novembre 2023 le préfet de la Drôme les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun :

3. Par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs le préfet de la Drôme a donné à M. Moreau, Secrétaire général de la préfecture de la Drôme, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de les arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté.

4. M. C et Mme B ont eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'ils estimaient utiles lors du dépôt de leur demande d'asile et en cours d'instruction de leur demande. En tout état de cause, M. C et Mme B ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui aurait eu une incidence sur le sens des décisions contestées. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. M. C et Mme B soutiennent qu'il n'est pas démontré que des décisions définitives concernant les demandes d'asile qu'ils ont formées leur ont bien été notifiées avant que les mesures d'éloignement du territoire français n'aient été prises à leur encontre le 27 novembre 2023.

6. Aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () /4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°. () ".

7. Il ressort du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par la préfecture de la Drôme et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 janvier 2023 ayant rejeté les demandes d'asile leur ont été notifiées le 7 février 2023. Et les décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 avril 2023 ayant rejeté leurs recours contre ces décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) leur ont été notifiées le 3 novembre 2023. Il suit de là qu'à la date du 27 novembre 2023, le préfet de la Drôme a pu légalement prendre à leur encontre des obligations de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Si M. C et Mme B font valoir qu'ils ont eu un enfant né en France le 12 décembre 2023 leur entrée sur le territoire est récente. Ils sont dans la même situation administrative irrégulière et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Ainsi, eu égard notamment aux conditions et à la durée de leur séjour en France, M. C et Mme B ne sont fondés à soutenir ni que les décisions attaquées ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ces décisions et ont donc violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ni qu'elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. M.C soutient qu'en 2010 après le décès de son père il s'est retrouvé sans domicile fixe et a été recruté pour récolter des informations durant la campagne des élections présidentielles. Il indique qu'il a été enlevé et séquestré par des miliciens qui l'ont contraint à rejoindre leurs rangs et commettre des exactions jusqu'à l'assassinat le 27 avril 2011 de leur leader. M. C fait valoir qu'il a a alors quitté son pays pour rejoindre le Ghana où il a obtenu le statut de réfugié auprès du HCR. Accusé à tort d'être un orpailleur il a fui à destination de la Libye où il a fait la connaissance de Mme B laquelle indique qu'elle a été abusée sexuellement durant son enfance par son père. M. C et Mme B indiquent qu'ils ont noué une relation et ont décidé de quitter la Libye pour se rendre en Italie où ils sont entrés le 9 mai 2021. Les requérants font valoir qu'ils craignent d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire. Toutefois ils n'apportent aucun élément probant de nature à établir qu'ils seraient réellement, personnellement et actuellement exposés à de tels traitements dans leurs pays d'origine. Au demeurant, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. C et Mme B ne sont, par suite, fondés à soutenir ni que le préfet a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a méconnu celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il a entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 des requérants doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. C et Mme B sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. C et de Mme B sont rejetées.

Article3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme A F B, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le magistrat désigné,

S. DLa greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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