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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400171

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400171

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 10
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, M. C B , représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, dans le cas d'une annulation pour un motif de forme, de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, dans le cas d'une annulation pour un motif de fond, de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de de l'immigration et de l'intégration ;

- l'avis de l'OFII est irrégulier ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, est entré en France à la date déclarée du 30 juillet 2019 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée le 24 novembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 22 avril 2022. Le requérant a sollicité le 24 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 16 octobre 2023. M. B a sollicité le renouvellement de sa prise en charge médicale le 30 août 2022. Par arrêté du 13 novembre 2023, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés attaqués :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné délégation à M. Moreau, secrétaire général de la préfecture, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé ou que le préfet de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrange s et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

7. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de la Drôme qu'un avis du collège de médecins de l'OFII a été émis le 16 octobre 2023 concernant l'état de santé de M. B. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'OFII qui ont signé l'avis en question. L'avis a été rendu au vu d'un rapport établi le 7 septembre 2023 par un médecin non membre de ce collège. Le requérant n'apporte aucun début de justification de nature à remettre en cause les mentions portées sur l'avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

9. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. B , le préfet de la Drôme a fait sien l'avis du collège de médecins émis le 16 octobre 2023 indiquant que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Nigéria, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En outre, il mentionne que M. B n'a produit aucune pièce permettant de contredire cet avis.

10. Il ressort des pièces médicales versées au dossier par M. B qu'il est suivi depuis mars 2020 pour un diabète de type 1 avec décompensation acido-cétosique inaugurale, qu'il est suivi par un diabétologue et qu'un capteur Freestyle Libre lui a été posé. Le certificat médical rédigé en décembre 2023 par un médecin nigérian ne suffit pas à établir que l'insuline sous-cutanée dont M. B ne serait pas disponible au Nigéria, dans des conditions il est vrai plus difficiles qu'en France. Le rapport d'informations médicales " Medcoi " librement accessible concernant le Nigeria indique que l'insuline est peu disponible dans les centres de soins primaires, majoritaires en milieu rural, mais ne fait état d'aucune difficulté précise s'agissant des autres centres médicaux. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que M. B ne pourrait accéder à la prise en charge requise, pour des raisons financières ou géographiques, alors que le Nigeria dispose d'un système de couverture sociale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En outre, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que l'auteur de la décision se serait cru en situation de compétence liée, suite à l'avis de l'OFII, pour refuser à M. B un droit au séjour.

12. Par ailleurs, M. B ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre les décisions de refus de séjour en litige.

13. L'arrivée en France de M. B est récente, Il n'a aucune famille en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches au Nigéria où il a passé l'essentiel de sa vie avant son arrivée en France. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 9, 10 et 13 ci-dessus, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour directement invoquée contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

17. Ainsi qu'il a été dit au point 10, les pièces produites par le requérant ne remettent pas en cause l'avis médical du collège des médecins de l'OFII. En outre, cet avis a précisé que l'état de santé de M. B lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 13, la décision l'obligeant à quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

Le président

J.P. A

La greffière

A. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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