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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400345

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400345

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, M. A, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le regroupement familial demandé le 2 mai 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de prendre une décision sur sa demande dans les 8 jours qui suivront la notification du jugement à intervenir, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'urgence est caractérisée dès lors que le refus le contraint à vivre séparé de son épouse et de ses enfants ;

Sont de nature à faite naître un doute sérieux les moyens tirés de ce que la décision

- est entaché d'un vice de procédure à défaut d'enquête de l'OFII et d'avis du maire ;

- méconnaît les articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'existe aucune urgence dès lors que le requérant vit séparé de ses enfants depuis 2017 ; qu'aucune décision de refus n'est née car une suspicion de fraude a conduit à prolonger les délais d'instruction dès lors que le requérant a été autorisé au séjour à compter de janvier 2017 en qualité d'époux d'une ressortissante française, qu'une carte de résident lui a été délivrée le 13 avril 2000 et qu'il a divorcé le 1er décembre 2021 avant d'épouser sa première compagne le 19 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le sous le numéro 2400343 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu Me Coutaz, avocat de M. A, qui maintient les demandes et moyens développés par écrit. Il rappelle que son client remplit les conditions pour prétendre au regroupement familial et que si le préfet semble suspecter une fraude concernant l'obtention de sa carte de résident, elle ne résulte pas de la seule chronologie du récit de la vie privée de son client et se trouverait en toutes hypothèses sans incidence sur son droit au regroupement familial.

La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Ressortissant ivoirien installé en France depuis 2017 et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2030 délivrée en qualité de conjoint de française, M. A a divorcé en décembre 2021 au bout de quatre années de mariage et épousé en Côte d'Ivoire le 19 avril 2022 Mme B, son ex-compagne. Le 18 février 2022, il a demandé à ce que Mme B et leurs trois enfants nés en novembre 2004, janvier 2006 et juin 2010 bénéficient du regroupement familial.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Ainsi que le fait valoir le préfet en défense, M. A est installé en France depuis 2017 et vit séparé depuis plusieurs années de son épouse et de leurs enfants dont les deux aînés sont désormais majeurs. Le requérant ne justifie pas des liens qu'il aurait maintenu avec sa famille demeurée en Côte d'Ivoire. S'il se prévaut également de son état de santé, le certificat médical du 1er février 2024 n'est pas plus de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.

5. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée et d'injonction ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 7 février 2024.

La juge des référés,

A. Triolet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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