Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400465

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble annule la décision implicite de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) refusant à Mme E le bénéfice de la prime de transition énergétique. L’administration avait rejeté la demande au motif que la requérante n’était pas propriétaire-bailleur du logement à rénover. Le tribunal juge que Mme E établit, par des attestations notariées, être propriétaire indivise avec ses enfants, et que l’avis de taxe foncière mentionnant son beau-père décédé ne contredit pas cette qualité. En application du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020, le tribunal enjoint à l’ANAH de statuer à nouveau sur la demande dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024 et un mémoire du 9 août 2024, Mme E demande au tribunal d'annuler la décision du 20 décembre 2023 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a rejeté son recours préalable obligatoire à l'encontre de la décision lui ayant refusé l'attribution d'une subvention au titre de la prime de transition énergétique.

Elle soutient que :

- elle est propriétaire avec ses deux fils de la maison sise 163 chemin de Demay à Saint-Joseph de Rivière, qui est louée, en vertu de l'acte notarié du 17 mai 1988 ;

- le nom de E I indiqué sur l'avis de taxe foncière est le nom de son beau-père décédé, mais ne contredit pas l'acte notarié du 17 mai 1988.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique

- l'arrêté du 29 décembre 2022 modifiant l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié et l'arrêté du 7 avril 2022 relatifs à la prime de transition énergétique, et l'arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a demandé à bénéficier de la prime de transition énergétique pour des travaux à réaliser sur le logement situé à Saint-Joseph de Rivière et dont elle est propriétaire indivise avec ses 2 enfants. Par une décision du 22 juin 2023, l'Agence nationale de l'habitat a refusé de lui attribuer la subvention demandée. Le 16 octobre 2023, Mme E a déposé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, dont l'agence a accusé réception le 20 octobre 2023. Une décision implicite de rejet est née le 20 décembre 2023 du silence gardé par l'agence sur ce recours, et dont elle demande l'annulation.

2. Pour refuser à Mme E, le bénéfice de la prime de transition énergétique pour les travaux à réaliser sur son logement, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat s'est fondée sur le motif que Mme E n'était pas propriétaire-bailleur du logement à rénover.

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation de propriété immobilière établie le 13 octobre 2023 par un notaire, corroboré par l'attestation notariée plus ancienne du 17 mai 1988, que Mme E est propriétaire indivis avec ses 2 enfants d'une propriété sise sur la commune de Saint-Joseph de Rivière 163 chemin de Demay, consistant en une petite maison d'habitation figurant au cadastre section B n° 629. Cette mention n'est pas contredite par l'avis de taxe foncière pour 2023 pour cette même propriété qui est adressé à M. E H, beau-père de la requérante, quand bien-même celui-ci est désigné comme propriétaire sur cet avis, dès lors que celui-ci est décédé le 9 octobre 1981 à Saint-Joseph de Rivière. Ce décès du beau-père de Mme E est cohérent avec les mentions de l'attestation notariée du 17 mai 1988 établie après la liquidation de la succession de l'époux de Mme E, M. G E, décédé le 31 août 1987. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que c'est à tort que l'Agence nationale de l'habitat a estimé qu'elle n'était pas propriétaire-bailleur de l'immeuble objet de la rénovation. Dès lors, elle est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "

5. La présente décision implique nécessairement que l'Agence nationale de l'habitat statue à nouveau sur la demande de prime de transition énergétique, dans un délai de deux mois à compter à de notification de la présente décision.

D E C I D E :

Article 1er :La décision implicite de l'Agence nationale de l'habitat est annulée.

Article 2 :Il est enjoint à l'Agence nationale de l'habitat de statuer à nouveau sur la demande de prime de transition énergétique déposée par Mme E, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B F, première-conseillère,

- Mme D A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. F

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.