vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TERRASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier 2024 et le 1er février 2024, M. B C, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler :
- l'arrêté du 27 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
- les arrêtés du 27 janvier 2024 et du 31 janvier 2024 par lesquels le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère :
- de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
- de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la compétence du signataire de l'arrêté prononçant notamment l'obligation de quitter le territoire français n'est pas rapportée ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, elle méconnaît le principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires et les dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de renvoi, et de l'interdiction de retour sur le territoire français ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît le principe de séparation des pouvoirs et l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions d'assignation à résidence doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, et interdiction de retour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de l'Isère, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a délégué à Mme A les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Terrasson, représentant M. C.
Après avoir constaté l'absence du représentant de l'Etat.
La clôture de l'instruction a, par application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à l'issue de l'audience, à 14 heures 13.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, déclare être entré en France en 2017. Par un arrêté du 25 août 2021, puis par un arrêté du 5 novembre 2022, il a fait l'objet d'obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour. Par les trois arrêtés attaqués du 27 janvier 2024 et du 31 janvier 2024, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et l'a assigné à résidence.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence [], l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le signataire de l'arrêté prononçant l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de retour sur le territoire français :
3. L'arrêté en litige a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bienfondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle [] ". Aux termes de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à six mois d'emprisonnement par une ordonnance d'homologation du 29 janvier 2024 du président du tribunal judiciaire de Grenoble, suite à sa comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Le même jour, il s'est vu remettre une convocation à se présenter devant le juge d'application des peines le 15 février 2024. Alors que l'obligation de quitter le territoire français ne l'empêche pas de se présenter devant le juge d'application des peines le 15 février 2024, les moyens tirés de la méconnaissance de son droit à un procès équitable et de la violation du principe de séparation des autorités administratives et judiciaires doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. C déclare être entré en France en 2017, soit depuis environ sept ans à la date de la décision attaquée, sans toutefois en apporter la preuve. Par arrêté du 25 août 2021, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour d'une durée d'un an. Par arrêté du 5 novembre 2022, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour pendant deux ans. Sans enfant à charge sur le territoire français, il déclare vivre chez sa compagne, de nationalité française, sans toutefois établir ni la réalité et l'ancienneté de cette relation, ni la réalité de la grossesse qui serait en cours. S'il déclare également que son frère est présent en France, il ne le démontre pas davantage. En outre, interpelé pour la dernière fois le 27 janvier 2024, alors qu'il tentait de remettre ou sortir irrégulièrement du centre pénitentiaire de Varces un objet, une correspondance, une somme d'argent, ou un objet d'une personne détenue, il a également été mis en cause à huit reprises, entre 2020 et 2023, pour des infractions à la législation sur les stupéfiants et pour association de malfaiteurs. Il ressort également du procès-verbal d'audition du 27 janvier 2024 par un officier de police judiciaire qu'il a été incarcéré au centre pénitentiaire de Marseille. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, en prenant sa décision, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. C.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, le moyen tiré de l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
11. M. C n'établit pas la réalité et l'actualité des menaces auxquelles il déclare être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. La seule production d'un document allemand attestant de sa date d'arrivée en Allemagne, et dont la validité expirait le 14 novembre 2023, n'est pas de nature à démontrer qu'une demande d'asile serait en cours d'examen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 susvisé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Tel qu'indiqué au point 5, M. C est convoqué devant le juge de l'application des peines le 15 février 2024, en vue de bénéficier d'un aménagement de peine. Il ressort des termes de la convocation que celle-ci est impérative, et que dans le cas où il ne s'y présenterait pas, la peine d'emprisonnement prononcée sera mise à exécution en établissement pénitentiaire, conformément à l'article 474 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, en refusant d'octroyer un délai de départ volontaire au requérant, le préfet a méconnu son droit à un procès équitable, en tant qu'il l'empêche de se présenter devant le juge d'application des peines et de bénéficier d'une sanction pénale plus favorable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
En ce qui concerne les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence :
13. Compte tenu de ce qui précède, les moyens tirés de l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français et des assignations à résidence, par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire, doivent être accueillis.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire, l'interdiction de retour sur le territoire français, et les décisions d'assignation à résidence, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. B C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'arrêté du 27 janvier 2024 du préfet de l'Isère est annulé en tant qu'il refuse d'octroyer un délai de départ volontaire et qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français.
Article 3 :Les arrêtés du 27 janvier 2024 et du 31 janvier 2024 du préfet de l'Isère portant assignation à résidence sont annulés.
Article 4 :Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Terrasson, et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La magistrate désignée,
L. A
La greffière,
V. Barnier
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400586
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026