Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400623
jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400623 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 23 février 2024, Mme C épouse A, représentée par Me Aboudahab, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d'un mois ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C épouse A soutient que :
- le refus de renouvellement de certificat de résidence algérien est insuffisamment motivé ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle est protégée de tout éloignement dès lors qu'elle peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la requête est irrecevable car tardive ;
-les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
L'instruction a été automatiquement clôturée trois jours francs avant la date d'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Paillet-Augey,
- et les observations de Me Aboudahab, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse A, ressortissante algérienne née le 9 août 1977, est entrée en France le 25 janvier 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, accompagnée de son époux et de leurs trois enfants, respectivement nés en 2003, 2009 et 2012. Séparée du père de ses enfants, elle a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 4 mars 2022 au 3 mars 2023, sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Le 26 janvier 2023, elle a sollicité du préfet de l'Isère le renouvellement de ce certificat de résidence. Sa demande a cependant été rejetée par un arrêté du 8 novembre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office. Mme C épouse A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A. Il en résulte que cette décision est motivée. En conséquence et conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que Mme C épouse A est de nationalité algérienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont il résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, régulièrement motivée. Enfin, la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours n'appelait pas une motivation distincte de celle, régulière, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante vit en France depuis 2017, soit depuis cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. Si l'intéressée se prévaut de la présence en France de sa fille née en 2003 devenue majeure, en situation régulière, elle ne justifie ni de la réalité, ni de l'intensité des liens qui l'unissent à celle-ci. Mme C épouse A se prévaut en outre de la présence en France de ses deux enfants mineurs nés en 2009 et 2012, scolarisés au collège. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ces derniers ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie, pays dont ils ont la nationalité et où ils ont vocation à suivre leur mère. Par ailleurs, Mme C épouse A a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie et n'indique pas qu'elle n'y possède plus d'attaches. Enfin, son mariage, célébré le 23 décembre 2023, avec un ressortissant de nationalité française, postérieur au refus de titre de séjour attaqué, est sans influence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour qui s'apprécie à la date de son édiction. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance du 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En troisième lieu, dans ces mêmes circonstances, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que le refus de renouvellement de certificat de résidence algérien est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; /3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
7. D'une part, il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler un titre de séjour, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels ces dispositions renvoient.
8. D'autre part, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions figurent notamment celles de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du séjour des étrangers lorsqu'il envisage de refuser ou de renouveler le titre de séjour temporaire d'un étranger.
9. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir qu'elle satisfait aux conditions posées par les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de portée équivalente à celles des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser de renouveler son certificat de résidence algérien. Le vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, si Mme C épouse A fait valoir qu'elle s'est mariée à un ressortissant français en décembre 2023 et peut, de ce fait, prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, elle n'avait pas, à la date de l'arrêté attaqué, formé de demande de certificat de résidence fondée sur le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni, d'ailleurs, informé le préfet de son mariage. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère pouvait sans erreur de droit refuser le renouvellement du certificat de résidence sollicité dont il était saisi sur le fondement du 5° de l'article 6 de cet accord.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme C épouse A tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2023 du préfet de l'Isère doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais non compris dans les dépens :
12. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C épouse A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Paillet-Augey, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
C. PAILLET-AUGEY
Le président,
P. THIERRY La greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24006232