Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401115

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 7

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 février 2024, le président de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a renvoyé au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête par laquelle M. D A C demande l'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 par lequel la préfet de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour de deux ans.

M. A C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le lieu de destination :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rouyer, greffière d'audience, M. B a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, déclare être entré illégalement sur le territoire français en 2014. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par le préfet de des Alpes-Maritimes le 2 août 2021 assorti d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans, laquelle n'a pas été déférée devant le juge administratif. Il a été contrôlé le 5 février 2024 et placé en retenue pour vérification de sa situation administrative. Le même jour, la préfète de l'Ain a émis à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.

2. M. A C fait valoir qu'il est bien intégré à la société française, qu'il travaille et est marié avec une ressortissante française depuis le 10 novembre 2018. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est entré en France en 2014 et s'y maintient depuis en situation irrégulière, sans avoir cherché à régulariser sa situation et en dépit d'une mesure d'éloignement prise par le préfet des Alpes-Maritimes le 2 août 2021. S'il fait état de son mariage avec une ressortissante française, il résulte de ses propres déclarations le 5 février 2024 aux services de police qu'il est séparé de son épouse. Il ne justifie d'aucune intégration particulière, étant au demeurant défavorablement connu des services de police. Enfin, M. A C est dépourvu d'attaches familiales en France alors que ses parents et ses frères et soeurs résident encore en Tunisie. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain n'a ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifestation.

3. Si M. A C soutient qu'il encourt des risques en cas de retour en Tunisie du fait du mécontentement de ses parents, il n'assortit cette affirmation d'aucun justificatif. Dès lors, la décision fixant la Tunisie comme pays de destination ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

Le président

J.P. B

La greffière

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.