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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401893

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401893

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2024, Mme B et M. B, représentés par Me Laborie, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'ordre de recouvrer n°2023-401329 du 31 juillet 2023, ensemble la décision implicite du 20 janvier 2023 portant rejet du recours gracieux, et par voie de conséquence, les actes de recouvrement pris pour son application ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision en date du 20 janvier 2023 portant refus de remise de dette et d'enjoindre, en conséquence, à l'Agence nationale de l'habitat de procéder à la décharge intégrale de la dette ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat la somme de 2 000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- c'est à tort que l'Agence nationale de l'habitat a estimé qu'ils n'avaient pas respecté leurs engagements du seul fait qu'ils n'ont pas pu fournir l'avis d'imposition de leur locataire ; l'article 17-A de l'arrêté du 21 avril 2022 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat renvoie expressément à " tout autre élément de preuve qui justifient une occupation ou une utilisation du logement conforme " ;

- l'Agence nationale de l'habitat a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'ils ont méconnu leur obligation de soumission aux contrôles ; l'absence de production de l'avis d'imposition sur les revenus ne peut, à lui seul et compte tenu des circonstances et des autres éléments transmis, caractériser un manquement à leurs engagements de soumission aux contrôles ;

- ils ont respecté leur engagement de location : leur locataire est en situation de grande précarité ; il était domicilié au CCAS de Pont-en-Royans, car sans domicile fixe et était également sans emploi ;

- il n'est pas démontré que la procédure d'information préalable prévue à l'article R.321-21, Ier alinéa 4 et suivants du code de la construction et de l'habitation, et par l'article 21, 2° de l'arrêté du 21 avril 2022 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat a été respectée par l'Agence nationale de l'habitat ;

- il y a une erreur de liquidation : il conviendra de calculer la somme litigieuse en prenant en compte le fait que les aides ont été versées pour trois logements alors que le litige n'est lié qu'aux conditions de la location d'un seul de leur logement, à savoir le logement n°2 conventionné sous le numéro 038-A-LI-2016080055 ;

- il convient donc d'appliquer le coefficient prévu à la grille 3 annexée à l'arrêté du 21 avril 2022, à savoir 0,67 alors que la somme alléguée est calculée à partir d'un coefficient de 1 ;

- il appartient à l'Agence nationale de l'habitat de justifier que le bordereau de recettes comprend bien le nom et la signature de l'émetteur en application de l'article 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il appartiendra à l'Agence nationale de l'habitat de produire la délégation de signature du signataire ;

- les bases de liquidation ne sont pas indiquées contrairement aux exigences du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par Me Pouilhe, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laborie, représentant Mme B et M. B, et de Me Pouilhe, représentant l'Agence nationale de l'habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts B sont propriétaires d'un immeuble comportant plusieurs logements, situé 41 rue Merle à Pont-en-Royans (Isère) qu'il ont souhaité rénover pour le donner en location. L'Agence nationale de l'habitat a apporté un concours financier aux travaux de réhabilitation pour un montant de 37 444 euros. Cette subvention a été complétée par une aide d'un montant de 1 668 euros au titre de l'aide au financement d'une mission d'assistance à la maîtrise d'ouvrage par un bureau d'études et d'une aide de 4 500 euros au titre du Fonds d'Aide à la Rénovation Thermique (FART) dont la gestion est confiée par l'État à l'Agence nationale de l'habitat. En contrepartie, les consorts B ont signé une convention avec l'Agence nationale de l'habitat aux termes de laquelle ils s'engageaient à donner à bail les appartements rénovés pendant une durée de 9 ans à des locataires sous condition de ressource et avec un plafond de loyer. Par courrier du 24 janvier 2022, l'Agence nationale de l'habitat leur a demandé de justifier de l'occupation des logements et des ressources des locataires par la production de l'avis d'imposition des occupants lors de l'entrée dans les lieux. Les consorts B n'ont pas transmis l'avis d'imposition du locataire occupant l'appartement n°2 mais une déclaration sur l'honneur de l'intéressé et une attestation de la Mutualité sociale agricole (MSA). En conséquence, l'Agence nationale de l'habitat leur a adressé un courrier d'information préalable au retrait de la subvention au titre de l'aide au financement d'une mission d'assistance à la maîtrise d'ouvrage et l'aide au titre du Fonds d'Aide à la Rénovation Thermique. Par deux décisions du 8 décembre 2022, la directrice générale décidait du retrait et du reversement de la subvention accordée, respectivement d'un montant de 2 929 euros et 1560 euros, soit un total de 4 489 euros et un titre exécutoire de ce même montant a été émis le 31 juillet 2023. Les consorts B ont présenté un recours gracieux à la directrice générale le 16 novembre 2023 auquel il n'a pas été répondu.

2. Aux termes de la convention-type signée le 8 juillet 2016 par les requérants : " IV : condition de ressources de locataires () : le montant des ressources à prendre en compte pour apprécier la situation de chaque ménage requérant est égal au revenu fiscal de référence de chaque personne composant le ménage, figurant sur les avis d'imposition établis au titre de l'avant-dernière année précédant celle de la signature du contrat de location. " Aux termes du paragraphe " VII. Suivi et contrôles : () le bailleur s'engage à fournir à tout moment à la demande de l'Agence toutes les informations et tous les documents nécessaires au plein exercice du contrôle. "

3. L'article 17-A du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat précise que " Le directeur général de l'agence, le délégué de l'agence dans le département ou le délégataire peut demander au bénéficiaire de la subvention communication de tout élément de preuve qui justifie une occupation ou une utilisation du logement conforme aux engagements qu'il a souscrits. Cette demande doit faire l'objet d'une réponse du bénéficiaire de la subvention dans un délai de deux mois à compter de la date de réception de la demande de contrôle. "

4. Il résulte de l'instruction que les consorts B ont loué à bail le 7 juillet 2018 un logement n°2 intermédiaire, conventionné sous le n° 038-A-LI-2016080055, à M. C. Dès lors, il leur appartenait de vérifier que le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année précédant l'année de signature du bail en 2018 était inférieur au plafond de ressources, soit le revenu fiscal de référence de l'année 2016. Il ressort des écritures des requérants qu'ils se sont abstenus de réclamer à leur locataire un document fiscal indiquant son revenu fiscal de référence et n'ont pu l'obtenir ultérieurement.

5. Toutefois, l'article 17 A du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat prévoit que la conformité aux engagements de l'occupation ou l'utilisation du logement peut être prouvée par " tout élément de preuve ".

6. Il résulte de la convention précitée que le montant des ressources à prendre en compte pour apprécier la condition de ressource du locataire est le revenu fiscal de référence de chaque personne composant le ménage, figurant sur les avis d'imposition établis au titre de l'avant-dernière année précédant celle de la signature du contrat de location. Il revenait donc aux consorts B d'exiger de leur locataire la production de l'avis d'imposition pour vérifier le montant du revenu fiscal de référence du ménage. Toutefois, en cas d'impossibilité, il leur était également possible d'apporter " tout élément de preuve " pour mettre en évidence que les ressources du locataire étaient conformes aux stipulations de la convention. Or il résulte de l'attestation de la MSA du 9 août 2022, que l'Agence nationale de l'habitat ne conteste pas, que le locataire M. A C, a perçu le revenu de solidarité active d'un montant de 461 de janvier 2016 à 282 euros en juin 2017. Cet élément de preuve permettait à l'Agence nationale de l'habitat de vérifier si la condition de ressource du locataire était remplie pendant l'année 2016 et le cas échéant, de le contester. Par suite, en estimant que les réponses des consorts B n'avaient pas permis de vérifier la conformité aux engagements de l'occupation ou l'utilisation du logement sans prendre en compte ni discuter la teneur de l'attestation de la MSA, l'Agence nationale de l'habitat a fait une inexacte application des stipulations de la convention combinées avec l'article 17 A du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat. Dès lors, le moyen doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que les consorts B sont fondés à demander l'annulation de l'ordre de recouvrer n°2023-401329 du 31 juillet 2023 et la décision implicite en date du 20 janvier 2023 portant rejet du recours gracieux.

8. L'annulation de l'ordre de recouvrer n°2023-401329 du 31 juillet 2023 n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat, partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions similaires de l'Agence nationale de l'habitat dirigées contre les requérants, qui ne sont pas partie perdante à l'instance, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :L'ordre de recouvrer n°2023-401329 du 31 juillet 2023 et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête des consorts B est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de l'Agence nationale de l'habitat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme G B en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme E H, première-conseillère,

- Mme F D, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. H

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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