Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402341

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, saisi en excès de pouvoir par Mme D, ressortissante guinéenne, a examiné le refus implicite du préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec droit au travail. Le tribunal a rappelé que le non-renouvellement de l'attestation de prolongation d'instruction équivaut à un rejet implicite de la demande de titre de séjour, et non à un simple refus de récépissé. En application des articles R. 431-15-1 et L. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la solution retenue est que le préfet n'est pas tenu de délivrer une attestation de prolongation lorsque l'instruction n'est pas en cours, ce qui conduit au rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, Mme D, représentée par Me Lamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Isère refusant implicitement de lui remettre un récépissé de renouvellement de son titre de séjour avec droit au travail ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle se retrouve en situation irrégulière et sans droit au travail ;

- le préfet commet une erreur manifeste d'appréciation et cause une atteinte disproportionnée à ses intérêts et la place dans une situation de précarité administrative et financière.

Par ordonnance du 29 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Sauveplane a été entendu au cours de l'audience publique ; les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante guinéenne née le 9 mai 1987 à Cotonou, indique être arrivée en France sous couvert d'un visa et avoir déposé en ligne à l'expiration de son visa une demande de titre de séjour le 24 juillet 2023 au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction d'une première demande de titre de séjour valable jusqu'au 14 décembre 2023. En revanche, le préfet de l'Isère a implicitement refusé de renouveler cette attestation.

Sur les conclusions d'annulation de la décision :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande "

4. Il ressort de ces dispositions que le préfet n'est tenu de mettre à disposition une attestation de prolongation de l'instruction de la demande que si l'instruction se prolonge au-delà de la date de validité du document de séjour. En revanche, lorsque le préfet ne renouvelle pas l'attestation de prolongation de l'instruction, celui-ci doit être regardé comme ayant implicitement rejeté la demande de titre de séjour et, par voie de conséquence, refusé le renouvellement de l'attestation de prolongation de l'instruction.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de première délivrance d'une carte de séjour prévue aux articles L. 421-22, L. 421-23, L. 421-26 à L. 421-29, L. 422-14, L. 423-1, L. 423-6, L. 423-7, L. 423-11 à L. 423-16, L. 423-22, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-9, L. 424-11, L. 424-13, L. 424-18, L. 424-19, L. 424-21, L. 425-1, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-5, L. 426-6, L. 426-7 et L. 426-10 autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur./ Il en est de même de l'attestation de prolongation de l'instruction de la demande de première délivrance d'une carte de séjour délivrée sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 421-3 ou de l'article L. 421-34, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-2 du code du travail, ainsi que sur le fondement des articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21, dès lors que son titulaire est en possession du visa de long séjour ou du visa de long séjour valant titre de séjour mentionné aux 1° et 2° de l'article L. 411-1. / L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de première délivrance de la carte de séjour mentionnée à l'article L. 426-12 n'autorise pas son titulaire à exercer une activité professionnelle, sauf si elle est délivrée en application de l'article L. 426-13 et que son bénéficiaire séjourne en France depuis au moins un an. / L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. "

6. Il ressort de ces dispositions que l'attestation de prolongation d'une demande de première délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'autorise pas son titulaire à exercer une activité professionnelle.

7. En se bornant à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et causé une atteinte disproportionnée à ses intérêts et la placerait dans une situation de précarité administrative et financière, Mme D ne met pas à même le juge de l'excès de pouvoir d'apprécier la légalité du refus implicite de renouvellement de l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande qui n'est qu'une conséquence du refus implicite de son titre de séjour alors qu'en tout état de cause, la première demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'autorise pas l'étranger à travailler. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée. Par suite, il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B E, première-conseillère,

- Mme C A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.