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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2402976

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2402976

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2402976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 29 avril et 17 mai 2024, M. A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant l'absence de caractère sérieux de ses études ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- et les observations de Me Marcel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 19 août 2001, est entré en France en octobre 2017 selon ses déclarations. Il a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 22 août 2019, vainement contesté devant ce tribunal, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 313-15 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant l'absence de preuve du caractère réel et sérieux de la formation suivie et les liens conservés dans son pays d'origine et lui a fait obligation de quitter le territoire. M. A a ensuite été autorisé au séjour en qualité d'étudiant du 22 avril 2021 au 21 avril 2023. Le 9 février 2023, il en a demandé le renouvellement, qui lui a été refusé par l'arrêté en litige du 26 septembre 2023 au motif de l'absence de sérieux dans le suivi des études. Par ce même arrêté, le préfet a fait obligation à M. A de quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A a obtenu en juin 2021 un CAP " commercialisation et services en hôtel, café, restaurant " et s'est inscrit en septembre 2021 en vue de l'obtention d'un brevet professionnel " art du service et commercialisation en restaurant ". Toutefois, il ressort du bulletin du premier semestre de l'année scolaire 2021-2022 produit par M. A qu'il a été absent sans justification durant 19 heures. Surtout, il n'est pas contesté qu'ainsi que l'a relevé le préfet dans l'arrêté en litige, M. A a cumulé 47 heures d'absences injustifiées ayant motivé un avertissement au second semestre, puis au premier semestre de l'année suivante, 2022-2023, 52 heures d'absences et un blâme et présente de nombreuses absences injustifiées dans l'entreprise dans laquelle il fait son apprentissage. Les seuls bulletins de paie produits par le requérant montrent ainsi 21 jours d'absence injustifiées entre septembre 2022 et juillet 2023. Au vu de ces éléments non contestés, et nonobstant son inscription en CAP " réparation des carrosseries " au titre de l'année 2023/2024, secteur sans lien avec ses précédentes tentatives d'obtention d'un diplôme, le préfet était fondé à retenir l'absence de caractère sérieux du suivi des études. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En troisième lieu, la seule durée de présence en France et l'inscription en CAP de M. A ne relèvent pas de considérations humanitaires et ne caractérisent pas un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, M. A ne justifie d'aucun lien personnel ou familial en France où il n'a été autorisé au séjour qu'afin d'achever une formation. La seule intention d'embauche de l'employeur Bernard Trucks, chez qui il a travaillé en contrat d'apprentissage de septembre 2023 au 18 avril 2024, est insuffisante pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Dans les mêmes circonstances, le refus de titre n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence doit être écarté.

7. Dans les circonstances exposées au point 5, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant l'obligation de quitter le territoire que le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence doit être écarté.

9. Le requérant se prévaut de la précarité des emplois en Côte d'Ivoire et des difficultés d'insertion des jeunes dans ce pays. Toutefois, ces allégations générales et non établies demeurent insuffisantes pour retenir que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A, alors au surplus que pour les motifs précédemment développés, ce dernier n'établit pas une insertion professionnelle particulière en France.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Doulat, premier conseiller,

M. Callot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DOULAT

Le président,

J-P WYSS

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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