Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403561

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler la carte de résident de dix ans de M. A, ressortissant marocain et père d’enfants français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en méconnaissant les articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que M. A remplissait les conditions pour obtenir ce titre de séjour de plein droit. Aucune injonction n’a été prononcée, le requérant ayant déjà reçu sa carte de résident. L’État a été condamné à verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. E A, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal de lui délivrer une carte de résident de dix ans, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement et de de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée méconnait les articles L.423-7 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de l'Isère, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- et les observations de Me Cans, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 4 août 1975, déclare être entré en France en 1998. Il s'est vu délivrer une carte de résident de dix ans, valable du 8 avril 2013 au 7 avril 2023. Il n'est pas contesté qu'il en a demandé le renouvellement le 3 avril 2023. Une décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident en sa qualité de père d'enfants français est née du silence de l'administration.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Selon les termes de l'article L.423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans./ La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7./ L'enfant visé au premier alinéa s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "

3. M. A est le père de trois enfants, nés de deux unions, dont deux sont de nationalité française. Il ressort du jugement du juge aux affaires familiales de Grenoble en date du 3 novembre 2016 que M. A exerce l'autorité parentale à l'égard de sa fille D, âgée de 16 ans, qu'il bénéficie pour elle d'un droit de visite et d'hébergement élargi et verse à la mère de l'enfant, chez qui la résidence habituelle est fixée, une contribution pour son entretien et son éducation. Il ressort par ailleurs de l'attestation établie par Mme F que M. A exerce l'autorité parentale et contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs B et C, cette première, âgée de 15 ans, étant de nationalité française. Dès lors, le requérant remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L.423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite refusant de lui délivrer une carte de résident.

Sur les conclusions d'injonction :

5. Il n'y a pas lieu de prononcer d'injonction en l'espèce, le conseil du requérant ayant indiqué à l'audience que M. A venait de recevoir une carte de résident.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser au requérant sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du préfet de l'Isère refusant une carte de résident valable 10 ans M. A est annulée.

Article 2 :L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403561