Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403574
mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2403574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, M. C D, représenté par la SELARL Aboudahab, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de lui délivrer une carte de résident valable 10 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans un délai de quinze jours, à titre principal de lui délivrer une carte de résident, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et, en tout état de cause, lui délivrer dans un délai de trois jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 10c) de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il est titulaire de l'autorité parentale sur ses deux enfants françaises et contribue à leur entretien et à leur éducation.
Le préfet de l'Isère, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 10 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Aubert, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité tunisienne, déclare être entré en France en 2011. Le préfet de l'Isère lui a octroyé un titre de séjour valable du 22 juin 2021 au 21 juin 2022. Il en a demandé le renouvellement et des récépissés lui ont été délivrés, le dernier expirant le 6 mai 2024. Une décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident de dix ans en sa qualité de père d'enfants français est née du silence de l'administration.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article 10-1 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ; () 2. Sont notamment considérés comme remplissant la condition de séjour régulier, les bénéficiaires d'un titre de séjour d'un an délivré en application des articles 7 ter et 7 quater. / Ce titre de séjour est renouvelé de plein droit pour une durée de dix ans. "
3. Il ressort des actes de naissance de ses filles A et B, ressortissantes françaises, que M. D les a reconnues dès avant leur naissance, de sorte qu'il est titulaire de l'exercice de l'autorité parentale à leur égard. Par ailleurs, la régularité de son séjour en France résulte de son titre de séjour d'un an délivré le 22 juin 2021 puis du récépissé mentionnant la demande de renouvellement de son titre de séjour. Dès lors, le requérant remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans de plein droit en application de l'article 10-1 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision implicite refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans.
Sur les conclusions d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "
6. La décision d'annulation implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à M. E, qui en remplit les conditions, un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article 10-1 c) de l'accord franco-tunisien. Il sera enjoint de lui délivrer ce titre ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les délais respectifs de deux mois et quinze jours. En revanche, il n'est pas justifié d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser au requérant sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de l'Isère refusant un titre de séjour d'une durée de dix ans à M. D est annulée.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. D un titre de séjour d'une durée de dix ans et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les délais respectifs de deux mois et de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 :L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. Sauveplane La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403574