Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403944

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2403944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024 sous le n°2403944, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 4 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il fait valoir qu'il n'est resté que neuf mois en Allemagne, pays dont il ne comprend pas la langue et où il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024 sous le n°2403967, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 4 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Elle fait valoir qu'elle ne comprend pas la langue allemande et que les autorités de ce pays ont obligé son compagnon à quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme E a lu son rapport et entendu les observations de M. B qui fait notamment valoir qu'il n'a pas été scolarisé en Allemagne et qu'il ne peut retourner dans ce pays dès lors que les autorités lui ont fait obligation de le quitter.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme A, ressortissants guinéens respectivement nés en 1997 et 2004, sont entrés en France le 25 décembre 2023. Ils ont formé une demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône le 5 janvier 2024. La consultation d'un fichier informatique a révélé que M. B avait été identifié en Italie le 27 octobre 2022 suite à un franchissement irrégulier de la frontière avant de former une demande d'asile le 25 janvier 2023 en Allemagne et que Mme A a demandé l'asile à Chypre puis en Allemagne. Le 22 février 2024, les autorités allemandes ont explicitement accepté leur réadmission dans le cadre de l'examen de leurs demandes d'asile. La préfète du Rhône a ordonné leur remise aux autorités allemandes par les arrêtés contestés du 5 juin 2024. Par les deux requêtes qu'il convient de joindre pour y statuer par un seul jugement, M. B et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.

2. Au vu des arguments dont ils se prévalent, les requérants doivent être regardés comme invoquant les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, qui instituent une clause discrétionnaire autorisant chaque État membre à examiner une demande de protection internationale, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par le règlement.

3. Cependant, le seul fait, au demeurant non établi, que M. B aurait fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que le couple ne parle pas allemand n'est pas de nature à justifier que la France devait manifestement déroger aux critères de compétence et s'estimer responsable, à titre dérogatoire, de l'examen de leurs demandes d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que le moyen doit être écarté et les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme A rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La magistrate désignée,

A. ELa greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2403967