Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2403979
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2403979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté méconnaît la clause dite de " standstill " instituée par l'article 13 de la décision 1/80 du conseil d'associations du 19 décembre 1980 relative au développement de l'ancienne association entre la communauté économique européenne et la Turquie ;
- ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ce refus méconnaît l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord créant une association entre la Communauté économique européenne et la Turquie du 12 septembre 1963, approuvé par la décision 64-732 CEE du Conseil du 23 décembre 1963 ;
- le protocole additionnel et le protocole financier, signés le 23 novembre 1970, annexés à l'accord créant une association entre la Communauté économique européenne et la Turquie, approuvé par le règlement 2760/72/CEE du Conseil du 19 décembre 1972 ;
- la décision n° 1/80 du 19 septembre 1980 du conseil d'association entre la Communauté économique européenne et la Turquie ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- et les observations de Me Aldeguer pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse A, ressortissante turque née en janvier 1983, serait entrée en France en décembre 2017. Sa première demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée par arrêté du 12 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutée. Le 5 mai 2023, elle a présenté une seconde demande sur le même fondement. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
2. D'une part, aux termes de l'article 13 de la décision n° 1/80 du Conseil d'association du 19 septembre 1980 relative au développement entre la Communauté économique européenne et la Turquie : " - Les États membres de la Communauté et la Turquie ne peuvent introduire de nouvelles restrictions concernant les conditions d'accès à l'emploi des travailleurs et des membres de leur famille qui se trouvent sur leur territoire respectif en situation régulière en ce qui concerne le séjour et l'emploi. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
4. Les dispositions citées au point 3 ne concernent pas l'accès à l'emploi des étrangers. Par suite, elles ne sauraient être regardées comme apportant de nouvelles restrictions aux conditions d'accès à l'emploi des travailleurs et des membres de leurs famille. Il en résulte qu'à supposer que Mme C ait entendu invoquer la contrariété de ces dispositions législatives avec celles citées au point 2, le moyen doit être écarté.
5. A la date de l'arrêté en litige, Mme C était présente en France depuis 6 ans et demi. Toutefois, elle ne s'y est maintenue qu'à la faveur de l'inexécution d'une obligation de quitter le territoire français et de l'instruction de ses deux demandes de titre de séjour qui ont été rejetées. Par ailleurs, elle n'y justifie d'aucune intégration sociale particulière alors qu'ayant vécu jusqu'à l'âge de 34 ans en Turquie, elle y conserve nécessairement des attaches personnelles. Sur un plan familial, son époux qui réside en France de manière régulière possède la même nationalité que la sienne. Par suite Mme C peut prétendre au bénéfice du regroupement familial et ne devrait ainsi en être séparée que pour une durée raisonnable ou peut reconstituer sa cellule familiale en Turquie. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour contesté porte, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance, par ce refus, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance, par le refus de titre de séjour contesté, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3-1 de la convention de New-York doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de la décision faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français, doit être écartée.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance par l'obligation de quitter le territoire français en litige de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par Mme C doivent être rejetées.
10. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, des conclusions qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller ;
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403979