Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404029
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2024, M. A C D, représenté par Me Besson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C D soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- le signataire de l'arrêté est incompétent ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet de la Savoie n'a pas vérifié les prescriptions procédurales imposées par les dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 5 février 2024 relatives au casier judiciaire et aux activités professionnelles exercées ;
- le préfet a méconnu l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 :
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Argentin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, de nationalité tunisienne, né en 1982, est entré en France le 24 février 2017 sous couvert d'un visa court séjour valable du 15 février 2017 au 17 mars 2017. Il a présenté, le 24 mars 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 14 mai 2024, le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions en annulation :
2. L'arrêté en litige a été signé par Mme E B, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 20 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. Dès lors que M. C D ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 5 février 2024 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure et fondé sur la méconnaissance des dispositions de la circulaire du 5 février 2024 est inopérant et doit être écarté.
4. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié, et au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C D est en France depuis 7 ans et justifie de plusieurs contrats de travail temporaire de 2019 à 2024. Toutefois, le requérant ne se prévaut d'aucune expérience professionnelle dans une quelconque liste des métiers et dispose de liens familiaux dans son pays d'origine où résident, notamment, son épouse et ses trois enfants. Dans ces circonstances, la situation personnelle de M. C D ne caractérise pas l'existence d'un motif exceptionnel ou de circonstances humanitaires propres à justifier une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
6. M. C D soutient qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévu par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, M. C D n'a pas sollicité un titre de séjour sur ce fondement. En tout état de cause, M. C D n'établit pas remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 qui prévoit, notamment, la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et dont l'octroi est également subordonné à la présentation d'un visa long séjour. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 est doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. C D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. C D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête susvisée de M. C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
S. Argentin
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.