Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404063

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme B A, ressortissante angolaise, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Isère refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a jugé que, malgré la présence de son frère en France, Mme B A ne justifiait pas d'une insertion personnelle, sociale ou professionnelle suffisante, ni de liens intenses ou de craintes fondées en cas de retour en Angola. La décision a été prise en application de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 27 juin 2024, Mme C B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Elle soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, M. Ban a lu son rapport et les observations de Mme B A ont été entendues.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante angolaise née le 16 septembre 1997, soutient être entrée sur le territoire français en octobre 2017 depuis le Portugal. Le 8 janvier 2019, elle a demandé au préfet de l'Isère la délivrance d'un titre de séjour soit portant la mention " membre de famille-UE " en raison de la nationalité portugaise de son frère qui la prendrait en charge, soit la mention " vie privée et familiale ", soit à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires. Par arrêté du 14 mai 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme B A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Célibataire et sans charge de famille, Mme B A n'établit pas avoir développé depuis son entrée en France en 2017 des liens intenses autre que la participation à des actions de bénévolat. La seule promesse d'embauche comme agent d'entretien ne suffit pas à établir une insertion professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. Elle ne justifie pas ainsi d'une insertion personnelle, sociale ou professionnelle ancrée dans la durée sur le territoire français. Si elle fait valoir qu'elle est suivie sur le plan ophtalmologique et qu'elle ne pourra pas bénéficier des mêmes soins en Angola, l'ordonnance établie le 13 mai 2024 par un ophtalmologue se borne à prescrire une paire de lunettes sans se prononcer sur la nature et la gravité de sa pathologie. Par ailleurs, elle n'apporte aucun élément tendant à établir la réalité et l'actualité des craintes dont elle serait susceptible d'être victime en cas de retour en Angola.

3. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et malgré la présence en France de son frère de nationalité portugaise qui l'a temporairement hébergé, le préfet de l'Isère n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts de police des étrangers que cette décision poursuit. Cet arrêté ne méconnaît ainsi pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B A.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Anne Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404063