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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404316

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404316

jeudi 6 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A..., ressortissant serbe, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour par le préfet de la Savoie. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement pu fonder son refus sur la menace pour l'ordre public, en raison des douze condamnations pénales de l'intéressé depuis 2010, dont une pour tentative de meurtre. La décision s'appuie sur les articles L. 432-1 et L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens soulevés par le requérant, notamment l'incompétence du signataire et la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrés les 17 juin 2024 et 1er avril 2025, M. D... A..., représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’article 1er de l’arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A... soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 et L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.


Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2025, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- et les observations de Me Huard, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant serbe, né le 18 avril 1992, est entré en France le 30 décembre 1999 selon ses déclarations. Il a bénéficié de cartes de séjour temporaire « vie privée et familiale » renouvelées du 7 juin 2013 au 19 février 2021. Le requérant a sollicité le renouvellement de son titre le 1er février 2021 sur le fondement des dispositions des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par la décision attaquée du 26 avril 2024, le préfet de la Savoie a refusé de renouveler le titre de séjour demandé au motif que son comportement représente une menace à l’ordre public.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 18 octobre 2024. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme C... B..., directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d’une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 19 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 20 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire manque en fait.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 432-1-1 du même code et entré en vigueur le 28 janvier 2024 : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger (…) 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; (…) ».

La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a été condamné à douze reprises depuis 2010. Il a ainsi fait l’objet d’une condamnation le 30 mars 2010 à quatre ans de prison pour une tentative de meurtre, le 26 septembre 2012 à six mois de prison pour des faits de menace à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique et usage de stupéfiants, le 11 décembre 2014 à un mois de prison pour recel, le 23 décembre 2014 à deux mois de prison pour dégradation ou détérioration de biens, le 10 avril 2015 à trois mois de prison pour recel, le 19 mai 2015 à trois ans et six mois de prison pour extorsion par violence, menace ou contrainte, le 3 novembre 2016 à quatre mois de prison pour récidive de recel, le 17 décembre 2020 à un an de prison pour des faits de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiant et sous emprise alcoolique, le 28 décembre 2020 à une amende de 500 euros pour conduite de véhicule alors que l’ensemble des points de son permis étaient retirés, le 10 février 2021 à une peine de 60 jours pour conduite alors que l’ensemble des points de son permis étaient retirés, le 17 août 2021 à dix huit mois de prison pour outrage, violence aggravée sur une personne dépositaire de l’autorité publique. En outre le requérant ne conteste pas avoir commis de nouveaux faits d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique le 30 septembre 2022, de recel le 23 octobre 2022, de détention de stupéfiants le 23 octobre 2022, de conduite d’un véhicule en ayant fait l’usage de stupéfiant et sous emprise alcoolique le 22 octobre 2024. Dès lors, malgré l’avis favorable émis par la commission du titre de séjour le 1er février 2024, eu égard à la récurrence des faits de nature pénale qui lui sont reprochés et qui ont persisté après le 28 novembre 2022, date à laquelle le préfet de la Savoie avait refusé une première fois de lui renouveler son titre de séjour au motif de son comportement, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu l’article L. 432-1 précité en rejetant sa demande de titre de séjour au motif que sa présence constitue toujours une menace pour l’ordre public.

En troisième lieu, si l’arrêté attaqué mentionne dans ses visas l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ne ressort pas de la décision que le préfet se serait fondé de façon au demeurant surabondante sur ces dispositions pour refuser à M. A... le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions et le moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger (…) qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

Si M. A... soutient que sa mère et sa sœur résident en France et qu’il est en couple avec une ressortissante française depuis 2013, il n’apporte aucun élément probant à l’appui de ses affirmations. S’il se prévaut de contrats de missions intérimaires depuis 2019, puis de la signature d’un contrat à durée indéterminé depuis novembre 2023, les éléments produits ne caractérisent pas une insertion professionnelle particulièrement remarquable au regard de l’ancienneté de son séjour sur le territoire. Surtout, comme il a été indiqué précédemment, M. A... est défavorablement connu des services de police et a fait l’objet de plusieurs condamnations pénales. Dans ces circonstances, eu égard à ses conditions de séjour particulièrement défavorables et alors même qu’il réside en France au plus tard depuis septembre 2000, date de sa scolarisation, soit à l’âge de 13 ans, le préfet de la Savoie n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’article 1er de l’arrêté attaqué.

Les conclusions à fin d’annulation de M. A... devant être rejetées, le présent jugement n’appelle aucune mesure d’exécution. Il s’ensuit que ses conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, une somme au titre de frais non compris dans les dépens, les conclusions de M. A... en ce sens doivent être rejetées.


D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire de M. A....

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A..., à Me Huard et à la préfète de la Savoie.


Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient

M. Savouré, président,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.





Le rapporteur,

F. Doulat

Le président,

B. Savouré

La greffière,




J. Bonino




La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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