Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404328
mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 3 |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, Mme C épouse B, représentée par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français de deux années, portant la durée totale de l'interdiction de retour sur le territoire à quatre ans.
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de supprimer son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L761-1 du Code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté n'est pas compétent ;
- la décision a été prise sans examen préalable de sa situation personnelle
- la décision est entachée d'erreur de droit
- la décision est entachée d'erreur de fait dans l'invocation d'une menace pour l'ordre public ;
- la décision est entachée d'erreur de fait s'agissant des circonstances humanitaires ;
-la décision méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant
- le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Mme C épouse B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B ressortissante de nationalité albanaise est entrée sur le territoire français en 2018. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA rendue le 28 septembre 2018 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 mai 2019. Par une décision prise le 13 février 2020, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a déclaré la demande de réexamen de Mme C épouse B irrecevable. Le 24 février 2021 la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision. Par décision du 11 mai 2022, le préfet de la Haute-Savoie a obligé Mme C B à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement en date du 18 mai 2022 le tribunal administratif de Nîmes a annulé cette décision en tant que le préfet de la Haute-Savoie a refusé d'accorder à Mme C épouse B un délai de départ volontaire et lui a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement en date du 23 novembre 2023 la cour administrative d'appel de Toulouse a confirmé ce jugement. Par une décision en date du 13 juin 2024 le préfet de la Haute-Savoie a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français qui avait été prise le 11 mai 2022 de deux ans portant l'interdiction de retour sur le territoire français à quatre ans. Mme C épouse B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C épouse B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L.612-11 ".
4. Par un arrêt en date du 23 novembre 2023 la Cour administrative d'appel de Toulouse a confirmé le jugement du tribunal administratif de Nîmes du 18 mai 2022 qui avait annulé l'arrêté du Préfet de la Haute-Savoie du 11 mai en tant qu'il avait refusé d'accorder un délai de départ volontaire à Mme C B et lui avait interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite le préfet de la Haute-Savoie ne pouvait sans commettre une erreur de droit et une erreur de fait prolonger cette interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Mme C épouse B est par suite fondée à demander l'annulation de cette décision sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur l'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation su système d'information Schengen( SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () " .
6. Le présent jugement annule la décision prolongeant l'interdiction de retour édictée à l'encontre de Mme C épouse B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder sans délai à l'effacement de son inscription sur le fichier SIS.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des frais exposés par Mme C épouse B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 13 juin 2024 est annulé.
Article 2: Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de procéder sans délai à l'effacement de l'inscription de Mme C épouse B sur le fichier SIS.
Article 3: L'État versera à Mme C épouse B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C épouse B, à Me Bescou et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
S. A Le greffier,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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