Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404465
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2024 et le 22 août 2024, M. B A, représenté par Me Adja Oke, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme a rejeté la demande de titre de séjour qu'il avait formé le 5 décembre 2023 en qualité de conjoint de français, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination d'une mesure de reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Adja Oke sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour :
o est entaché d'une erreur de droit car la durée de la vie commune s'apprécie en dehors de la date du mariage ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions subséquentes doivent être annulées par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- subsidiairement, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Thierry, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais, né en 1984, expose qu'il est entré en France en mai 2017, muni d'un visa court séjour et qu'il s'est marié le 18 novembre 2023 avec une ressortissante française. Il demande l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme a rejeté la demande de titre de séjour qu'il avait formée le 5 décembre 2023 en qualité de conjoint de français, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination d'une éventuelle mesure de reconduite à la frontière.
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°26-2023-176 le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
4. Il ressort de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour portant la mention vie privée et familiale sur leur fondement est subordonnée à la justification, par le demandeur d'un tel titre, de son entrée régulière sur le territoire français.
5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Drôme a fondé principalement sa décision sur la circonstance que M. A ne justifie pas remplir la condition d'une entrée régulière sur le territoire français. Le préfet de la Drôme a, il est vrai, également mentionné dans son arrêté, à titre subsidiaire, que M. A " ne peut également justifier de six mois de vie commune avec son épouse ". A supposer même que cette circonstance soit factuellement erronée, il ne ressort pas des termes de l'arrêté que le préfet a refusé de prendre en compte la vie commune avec son épouse pour la période antérieure au mariage. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme a entaché sa décision d'une erreur de droit en ne prenant pas en compte la durée de vie commune antérieure au mariage.
6. A supposer que M. A ait entendu soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur sur la matérialité des faits en ce qui concerne la durée de sa vie commune, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Drôme aurait pris une décision différente s'il n'avait retenu que le premier motif pour fonder sa décision. Un tel moyen relatif à la matérialité des faits ne pourrait dès lors qu'être écarté.
7. En troisième lieu, les pièces produites, permettent seulement, de façon plausible, de considérer que M. A mène une vie commune avec son épouse depuis le début de l'année 2021. Ainsi en dépit de ses affirmations, il ne justifie pas de sa présence sur le territoire français depuis 2017. Par ailleurs, M. A, qui n'avait pas d'enfant à la date de la décision attaquée, ne produit aucune pièce de nature à établir une insertion professionnelle en France ou une intégration sociale et amicale particulière. M. A ne fait enfin pas état d'autres circonstances de nature à faire obstacle à son retour dans son pays d'origine afin d'obtenir le visa long séjour, auquel il peut prétendre de plein droit, qui lui permettrait de revenir régulièrement sur le territoire français et de remplir les conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Drôme a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en rejetant sa demande de titre de séjour.
8. En quatrième lieu, dans ces mêmes circonstances, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En cinquième lieu, l'ensemble des moyens soulevés contre le refus de titre de séjour opposé à M. A devant être rejetés, ce dernier ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation par voie de conséquence des autres décisions contenues dans l'arrêté en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées et que la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".
12. M. A bénéficiant de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir de ces dispositions. Toutefois celles-ci font obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie d'une somme au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les conclusions de M. A relatives aux frais non compris dans les dépens doivent par suite être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le président,
P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,
E. Beytout
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24044652