Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405275

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405275
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a procédé à une nouvelle liquidation provisoire de l'astreinte de 200 euros par jour prononcée le 2 juillet 2024 à l'encontre de l'État, en raison de l'inexécution persistante de l'injonction de délivrer à Mme B un document attestant de la régularité de son séjour et de son droit au travail. Pour la période du 9 août au 10 septembre 2024, l'astreinte a été liquidée à 4 800 euros, dont 1 000 euros versés à Mme B et 1 900 euros à chacune des deux associations intervenantes, sur le fondement de l'article L. 911-8 du code de justice administrative. Le tribunal a également porté le montant de l'astreinte à 300 euros par jour de retard et condamné l'État à verser 600 euros à Mme B au titre des frais de justice (article L. 761-1 du code de justice administrative).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande enregistrée le 16 juillet 2024 et complétée le 6 août 2024, Mme B, représentée par Me Miran, a demandé au tribunal de liquider l'astreinte fixée dans l'ordonnance n° 2404672 du 2 juillet 2024, de la porter à 300 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 8 août 2024, la juge des référés a, après avoir constaté l'absence d'exécution, provisoirement liquidé à la somme de 3 400 euros l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2404672 et condamné l'Etat à verser une somme de 800 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le dossier a été réaudiencé le 6 septembre 2024.

Par une demande du 9 septembre 2024, Mme B, représentée par Me Miran, a demandé au tribunal de liquider, pour la période du 8 août au 9 septembre, l'astreinte fixée dans l'ordonnance n° 2404672 du 2 juillet 2024, de la porter à 300 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 septembre 2024 à 11 heures, tenue en présence de Mme Muller, greffière d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu les observations de Me Miran.

Elle confirme que les frais d'avocat ont été acquittés de même que la première astreinte payée. A ce jour, aucun titre ou attestation de prolongation d'instruction n'a été délivré à sa cliente, à qui il a été de nouveau demandé de produire son passeport et un certificat de scolarité.

Par courriels adressés le 10 septembre 2024 avant 12 heures, les associations " Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d'Asile et de Protection " et " Accueil Demandeurs d'Asile " ont été invitées à présenter d'éventuelles observations dans un délai de 24 heures sur l'application à leur bénéfice des dispositions de l'article L. 911-8 telles qu'interprétées par le Conseil d'Etat dans son arrêt du 10 juillet 2020, Association Les Amis de la Terre France.

L'association " Accueil Demandeurs d'Asile " a présenté des observations le 11 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

2. Dans son article 1er, l'ordonnance du 2 juillet 2024 enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, un document attestant de la régularité de son séjour et de son droit au travail. Cette ordonnance a été notifiée le 2 juillet 2024. Il n'est pas contesté par le préfet, qui n'a pas défendu et ne s'est pas présenté à l'audience, que l'article 1er n'a fait l'objet d'aucune mesure d'exécution, malgré une première liquidation de l'astreinte. En revanche, il a été procédé au paiement des sommes dues. Dans ces circonstances, il y a lieu de liquider à nouveau et provisoirement l'astreinte au montant de 150 euros par jour de retard, pour la période du 9 août au 10 septembre soit la somme de 4 800 euros pour 32 jours.

3. L'article L. 911-8 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant. / Cette part est affectée au budget de l'Etat ". Afin d'éviter un enrichissement indu, ces dispositions permettent à la juridiction de prévoir qu'une fraction de l'astreinte liquidée ne sera pas versée au requérant mais affectée au budget de l'État. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque l'Etat est débiteur de l'astreinte en cause. La juridiction peut alors, même d'office, après avoir recueilli sur ce point les observations des parties ainsi que de la ou des personnes morales concernées, décider d'affecter cette fraction à une personne morale de droit public disposant d'une autonomie suffisante à l'égard de l'Etat et dont les missions sont en rapport avec l'objet du litige ou à une personne morale de droit privé, à but non lucratif, menant, conformément à ses statuts, des actions d'intérêt général également en lien avec cet objet.

4. Par application de ces dispositions, il y a lieu de dire qu'une somme de 1 000 euros sera due à Mme B et que les associations " Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d'Asile et de Protection " et " Accueil Demandeurs d'Asile ", qui assistent les ressortissants étrangers dans leurs démarches en préfecture, percevront chacune une somme de 1 900 euros.

5. En l'absence d'exécution, il y a lieu d'augmenter le montant de l'astreinte journalière pour le porter à 300 euros.

6. L'Etat est condamné à verser une somme de 600 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2404672 est provisoirement liquidée à la somme de 4 800 euros. L'Etat versera cette somme à hauteur de 1 000 euros pour Mme B et 1 900 euros pour chacune des associations " Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d'Asile et de Protection " et " Accueil Demandeurs d'Asile ".

Article 2 : L'Etat versera une somme de 600 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au ministère public près la Cour de discipline budgétaire et financière et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 septembre 2024.

La juge des référés,

A. Triolet

La greffière,

A. Muller

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.