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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405277

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405277

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGERIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour présentée par M. A, ressortissant angolais. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant s'était lui-même placé dans cette situation en ne sollicitant pas le renouvellement de son récépissé, et que le préfet lui avait proposé un rendez-vous à cette fin. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées respectivement le 16 et le 31 juillet 2024, M. B, représenté par Me Gérin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de séjour pluriannuelle de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 400 euros au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 à verser au Conseil du requérant.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée ; il a déposé une première demande de titre de séjour et s'est vu délivrer un récépissé de 3 mois le 29 septembre 2023 ; ce récépissé a été renouvelé le 12 février 2024 pour une durée de trois mois soit jusqu'au 11 mai 2024 ; il est éligible de droit à obtenir un titre de séjour pluriannuel en sa qualité de membre de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ; il effectuait des missions d'intérim en sa qualité d'étancheur ; l'agence d'intérim a refusé de renouveler ses missions à compter de juillet 2024, faute pour lui de justifier de son récépissé ;

- La décision est entachée d'un doute sérieux de légalité : défaut de motivation ; méconnaissance de l'article L. 424-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- que l'urgence n'est pas caractérisée ;

- qu'il lui a délivré un rendez-vous aux fins de renouvellement de récépissé et

- que le requérant en ne sollicitant pas de renouvellement de son récépissé s'est placé lui-même en situation d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourion, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 1er août 2024.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, juge des référés

- et les observations de Me Samba-Sambeligue, substituant Me Gerin, représentant M. A.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né le 27 mai 1992 déclare être entré sur le territoire français avec sa compagne et leurs deux filles le 13 février 2019. Sa compagne a obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 décembre 2027. M. A s'est vu délivrer un récépissé valable jusqu'au 28 décembre 2023 l'autorisant à travailler, suite à sa demande de titre de séjour du 29 septembre 2023 en qualité de membre de famille d'un protégé subsidiaire. Ce récépissé a été renouvelé jusqu'au 11 mai 2024. M. A sollicite la suspension de la décision implicite de refus par le préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte de tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

5. Pour soutenir que la condition d'urgence à suspendre la décision implicite de rejet du préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle en sa qualité de membre de famille d'un protégé subsidiaire déposée le 28 décembre 2023 est remplie, M. A se prévaut de ce que depuis la date d'échéance de son récépissé de demande de titre de séjour le 11 mai 2024, il a rencontré des difficultés pour obtenir le renouvellement de son récépissé et que cela a des incidences graves sur son activité professionnelle puisque son employeur a attesté avoir dû mettre fin à ses missions avant le terme du contrat, par manque de titre de séjour à jour. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait entrepris des démarches pour que son récépissé devenu caduque le 11 mai 2004, soit renouvelé et d'autre part, par décision du 31 juillet 2024, le préfet de l'Isère a adressé à M. A une convocation en préfecture fixée au 2 août 2024 aux fins de lui renouveler son récépissé. Dans ces circonstances, la décision litigieuse ne porte pas aux intérêts personnels de M. A une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence aux sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence n'étant pas remplie en l'espèce, la requête doit être rejetée.

6. Il résulte de ce qui précède, qu'au moins l'une des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Dans ces conditions les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les conclusions à fin de suspension de la décision litigieuse devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et à Me Gerin.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 1er août 2024

Le juge des référés,

I. Bourion

La République mande et ordonne ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24052772

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