Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405389
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405389 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Dieye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder le bénéfice du regroupement familial et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en même temps que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen effectif de sa situation.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante albanaise née le 10 mai 2000, déclare être entrée en France le 28 aout 2022 pour rejoindre son époux titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'au 8 mai 2025. Elle a présenté, le 17 avril 2023, une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre son arrêté, le préfet de l'Isère a procédé à un examen effectif de la situation de Mme B tel qu'il en avait connaissance. Si la requérante fait valoir que le préfet n'a pas tenu compte de la naissance de son fils le 23 juin 2024, soit trois jours avant la date de l'arrêté attaqué, elle n'établit pas ni même n'allègue avoir informé le préfet de ce changement survenu dans sa situation.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a épousé le 25 mars 2023 un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 8 mai 2025. Par suite, elle entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial. Dès lors, le préfet de l'Isère a pu légalement, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans être tenu d'examiner la vie privée et familiale de l'intéressée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Mme B est entrée en France en août 2022, à l'âge de 22 ans. Lorsqu'elle a épousé son conjoint le 25 mars 2023, elle ne pouvait ignorer l'irrégularité de sa situation. Elle ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle réelle et stable. Elle n'est pas dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que ses quatre frère et sœurs. Si elle se prévaut de ses liens avec les quatre enfants mineurs de son époux, elle ne produit aucune pièce de nature à en établir l'existence ni, par suite, l'intensité. Enfin, si à la date de l'arrêté attaqué le couple avait donné naissance à un enfant, la requérante entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, comme il a été dit. Dès lors, la séparation temporaire du couple qu'impliquerait une demande de regroupement familial n'est pas telle qu'elle porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, le préfet de l'Isère a pu lui refuser un titre de séjour sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. Au regard du jeune âge de l'enfant de Mme B et à la possibilité pour son époux de solliciter en sa faveur le bénéfice du regroupement familial, la décision attaquée n'implique qu'une séparation temporaire de l'enfant avec l'un de ses parents et la requérante n'invoque aucune circonstance impérative particulière y faisant obstacle. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaitrait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère du 26 juin 2024. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le président rapporteur,
V. L'HÔTE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
G. LEFEBVRELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.