Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405394
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. F D, représenté par Me Alampi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation sans délai et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. D soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;
- est illégale pour cause d'incompétence de son auteur ;
- est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnaît le droit d'être entendu ;
- est illégale pour cause d'incompétence de son auteur ;
- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Barriol a été entendu au cours de l'audience publique. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, né le 22 septembre 1970, de nationalité algérienne, déclare être entré en France le 9 septembre 2014. Le 2 novembre 2019, il a épousé Mme B E, de nationalité algérienne, résidant régulièrement en France et détentrice d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans valable jusqu'en 2027. Le 23 mars 2023, M. D a sollicité en préfecture de l'Isère la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature consentie par arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions attaquées. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième et dernier lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de M. D, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa demande doit être écarté.
Sur le refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. D expose être entré en France en 2014, où il épousé une compatriote en 2019, détentrice d'un certificat de résidence de dix ans. Il indique que son épouse, qui est engagée par contrat de travail à durée indéterminée travaille à mi-temps en raison de problèmes de santé, qu'elle n'a pas de famille à Grenoble, que sa mère et son frère ont la nationalité française et qu'elle n'a plus d'attache en Algérie.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a déclaré être arrivé en France à l'âge de quarante-quatre ans. Il se serait ainsi maintenu illégalement sur le territoire français pendant plus de neuf ans avant de demander la régularisation de sa situation administrative. Si M. D a épousé une ressortissante algérienne détentrice d'un certificat de résidence de dix ans, aucun enfant n'est issu de cette union et il n'est pas démontré que son épouse serait dans l'impossibilité de lui rendre visite durant le temps d'examen d'une demande de regroupement familial, que cette dernière peut régulièrement solliciter à son profit. En outre, M. D a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où il n'apparaît pas être dépourvu d'attaches, pays dans lequel résident notamment deux frères et une sœur. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de son épouse nécessiterait sa présence impérative auprès d'elle. Dans ces conditions, alors que M. D, dont la présence en France depuis 2014 n'est pas suffisamment établie, et qui relève de la catégorie des algériens pouvant solliciter le regroupement familial, ne produit guère d'autre élément sur son insertion sociale ou professionnelle que sa vie de couple, une promesse d'embauche et une attestation de bénévolat au sein du comité de soutien aux réfugiés algériens. Dans ces conditions, le refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ou familiale de l'intéressé.
9. Le moyen tiré de l'erreur de droit est dépourvu de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
11. La circonstance que le préfet de l'Isère se soit fondé sur le refus de titre de séjour, conformément aux dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour obliger le requérant à quitter le territoire français ne révèle pas, à elle seule, qu'il s'est cru en situation de compétence liée pour prendre la mesure d'éloignement. Il résulte, au surplus, de la rédaction de la décision attaquée que cette autorité a vérifié que l'obligation de quitter le territoire français opposée à l'intéressé ne portera pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les frais non compris dans les dépens :
14. Les conclusions à fin d'annulation devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
P. ThierryLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.