mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 5 |
| Avocat requérant | GERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. B A D, représenté par Me Gerin, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 17 juillet 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de lui proposer une place en centre d'hébergement pour demandeurs d'asile dans un délai de vingt-quatre heures, sous astreinte journalière de 150 euros ;
4°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'au terme de l'examen de sa demande, dans un délai de quinze jours et sous astreinte journalière de 150 euros ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 440 euros TTC au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1 991.
M. A D soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ; il n'a pas reçu les informations prescrites par l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de prise en compte de sa situation particulière et de sa vulnérabilité ;
- elle est insuffisamment motivée en droit, en méconnaissance de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est privée de base légale, en raison de l'illégalité de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ; en effet, ledit article ne prévoit pas d'observations préalables, ni une appréciation du motif légitime pour expliquer le retard du dépôt de la demande d'asile ; la décision en litige méconnaît ainsi l'article 20 de la directive ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ; l'obligation contractée avec un tiers de se rendre en Allemagne pendant un an constitue bien un motif légitime ; par ailleurs, il a bien déposé sa demande d'asile dans le délai réglementaire d'un an ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués en la matière ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 6 août 2024 a présenté son rapport et entendu les observations de Me Gerin, pour le requérant, tendant par les mêmes moyens aux mêmes fins que la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant angolais né le 6 octobre 1984, est entré en France le 14 juillet 2023. Après un séjour en Allemagne, il a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Isère le 17 juillet 2024. Dans la présente instance, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle l'OFII a refusé, le jour même de cette demande, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en raison du dépôt tardif de sa demande d'asile, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Selon l'article L. 551-15 de ce code: " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27./ La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée./ Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur.". Aux termes de l'article L. 531-27 de code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants :/ ()/ 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".
4. D'autre part, il résulte du point 5 de l'article 20 de la directive susvisée qu'un refus des conditions matérielles d'accueil ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs.
5. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C, directrice territoriale de l'OFII, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par une décision du 24 avril 2023 régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, M. A D invoque des points de la directive précitée relatifs au retrait des conditions matérielles d'accueil, inapplicables au présent litige, relatif à un refus des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, réalisé en français, langue qu'il a déclaré comprendre, au cours duquel il a détaillé sa situation, notamment les raisons pour lesquelles il s'est rendu en Allemagne une semaine après son entrée sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 20 de la directive susvisée, et des dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que sa situation particulière et sa vulnérabilité n'auraient pas été prises en compte, doivent être écartés.
7. En troisième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. Il est constant que le requérant n'a pas été informé, préalablement à la décision en litige, des conditions et des modalités susceptibles de fonder un refus des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité, que M. A D a exposé devant l'agent de l'OFII les motifs qui l'ont conduit à travailler durant une année en Allemagne avant de revenir en France pour y déposer une demande d'asile. En outre, le motif de la décision attaquée, fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 551-15, est lié à des éléments de faits passés, sans rapport avec des choix qu'auraient pu exprimer l'intéressé quant à des propositions de l'OFII sur les modalités de mise en œuvre des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le vice de procédure tenant au défaut d'information mentionné à l'article L. 551-10 n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision et n'a pas privé l'intéressé d'une garantie.
9. En quatrième lieu, la décision attaquée cite l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en précisant " vous n'avez pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours () suivants votre arrivée en France ", qui correspond au 4° de cet article complété du délai fixé au 3° de l'article L. 531-27 de ce code. Dès lors, M. A D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige ne serait pas motivée en droit, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En cinquième lieu, M. A D, en se bornant affirmer avoir contracté une obligation envers un tiers l'obligeant à rester un an en Allemagne avant de regagner le territoire français, n'établit pas l'existence d'un motif légitime de nature à faire obstacle au décompte du délai de 90 jours fixé par les dispositions citées au point 3, alors qu'il ne conteste pas être entré en France, au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès le 14 juillet 2023, soit plus d'un an après le dépôt de sa demande d'asile dans cet Etat. Le moyen tiré de l'erreur dans les motifs de fait de la décision attaquée doit dès lors être écarté.
11. En sixième lieu, l'isolement sur le territoire français et l'impécuniosité allégués ne sont pas des circonstances suffisantes pour caractériser, en l'espèce, une situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les conclusions de M. A D, partie perdante, doivent être rejetées ;
D E C I D E :
Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Gerin et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
P. MULLER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026